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Consommation durable

Décroissance : du concept à l’action

le 25/04/2017

Concept aussi protéiforme que ses déclinaisons concrètes, la décroissance attire, repousse, mais ne laisse personne indifférent. Née dans les années 70, la décroissance se base sur le postulat qu’une croissance infinie dans un monde fini est impossible. Aujourd’hui, le monde des décroissants, ou objecteurs de croissance, regroupe des penseurs, des partis politiques, des associations, des journaux… Ce courant complexe peut s’approcher par le biais de l’écologie, de la politique, de la technologie, de la sociologique, ou encore de l’éthique.

« Il y a trois définitions de la décroissance », éclaire Vincent Liegey, objecteur de croissance. « C’est tout d’abord un slogan provocateur pour susciter le débat sur une croissance infinie dans un monde fini. Notre société est constituée autour du mythe de la croissance, dans lequel « plus » est synonyme de « mieux ». La décroissance propose de passer d’une approche qualitative à quantitative », détaille cet ingénieur de formation, doctorant à l'université d’économie de Budapest sur la Décroissance, évidemment membre du parti de la décroissance.

C’est ensuite une pensée multidimensionnelle, qui s’interroge sur les limites physiques et culturelles de la croissance. « De nombreux penseurs ont critiqué le développement, comme Ivan Illich », cite Vincent Liegey. En France, le philosophe André Gorz a développé une réflexion sur le sens du travail et d’une activité librement choisie. « 50 % des gens changerait de travail s’ils le pouvaient, 50 % des cadres doivent prendre de décisions à l’inverse de leur éthique, et en Grande-Bretagne, 33 % des gens pensent que leur travail est inutile. Comment aller du travail à l’activité librement choisie ? En libérant quelques journées pour des activités manuelles, intellectuelle, politique, voire l’oisiveté ? », interroge l’objecteur de croissance. Un autre penseur, Karl Polanyi, a étudié le rôle joué par le marché dans les différentes civilisations. Conclusion : peu l’ont placé au coeur des interactions humaines. Il invite donc à ré-encastrer l’économie dans la vie en lui donnant un rôle équilibré avec d’autres valeurs, comme la spiritualité, l’éducation, la santé… « La décroissance invite à revisiter la triple question : qu’est-ce qu’on produit, comment et pour quel usage ? », résume Vinvent Liegey.

Enfin, la décroissance est un jeune mouvement citoyen mondial, qui se décline à trois niveaux : individuel (comment je peux me réapproprier mon temps libre ? consommer moins ?), collectif (mouvements alternatifs qui comptent de nombreuses initiative locales), et politique. « Il faut donner de la visibilité à ce projet pour amener le débat dans la société. D’où les participation à des élections, des actions de désobéissance civile comme les ZAD ou la résistance publicitaire. Le but est de susciter du débat, d’inviter au dialogue sans chercher à convaincre », indique Vincent Liegey.

En résumé, au niveau le plus large, la première critique de la décroissance s’adresse au développement durable. « On peut s’acheter un 4x4 vert. La décroissance invite à aller plus loin ». Avantage du concept : contrairement au développement durable ou au bio, il est difficile pour les spécialistes du marketing de vider la décroissance de son sens… A l’échelle individuelle, la décroissance invite à un questionnement individuel, collectif, politique. « Il s’agit de décoloniser l’imaginaire, déconstruire les croyances, pour la laisser de la place à la joie de vivre, au temps, à l’intelligence collective… », égrène Vincent Liegey.

Mais de l’idée à la pratique, il manque un mode d’emploi. C’est en constituant un parti de la décroissance pour les élections européennes de 2009 que ses partisans ont compris la nécessité de proposer un projet. « En fait, la décroissance était déjà présente dans la simplicité volontaire… Plusieurs indicateurs montrent que la décroissance est de plus en plus présente dans les débats et adopté par les citoyens ». Il existe déjà de nombreuses initiatives qui fonctionnent très bien si elles restent locales et minoritaires. L’enjeu est de les mettre en réseau, avec les forces politiques et les ONG pour faire pression sur le politique. Les objecteurs de croissance s’intéressent à des outils économiques comme le revenu de base inconditionnel (qui remonte aux années 2000), couplé à un revenu maximum - ce qui existait jusque dans les années 70 aux Etats-Unis, mis en place par Roosevelt, ou encore les monnaies locales, les banques de temps, la tarification en fonction des usages, etc.

« La décroissance implique de repenser l’accès aux communs, avec en dernière étape, le partage du travail pour retrouver du sens au travail ». ce qui passe par un droit opposable au temps partiel, des communautés de compétences… Et revisite jusqu’à la dette publique et la création monétaire. « Notre modèle de décroissance a été modélisé dans la cadre d’une thèse à l’Ecole des Mines de ParisTech à l’horizon 2060, en comparaison avec deux autres modèles de décroissance et un modèle de croissance verte. Ce dernier n’est plus soutenable à partir de 2030, et la décroissance est une solution réaliste aux enjeux de notre époque », appuie Vincent Liegey.

 

Cet article  est issu d'une conférence donnée pour la formation « Prospective, innovation et développement durable » proposée par l'Institut des futurs souhaitables, que je suis en tant que journaliste en résidence.

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Albane Albane Canto

Rédactrice en chef adjointe
Canto

Présentation : Journaliste, je suis principalement les sujets santé-environnement, cleantechs, déchets et eau.

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