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Economie circulaire

La consigne: le nécessaire retour de la gratification incitative

le 11/04/2016
Pour réemployer, recycler ou capter les déchets dangereux aujour'hui disséminés dans l'environnement, l'économie circulaire a besoin de la consigne.

L’économie circulaire fait tourner les têtes. L’expression apparue il y a à peine quelques années s’est maintenant installée dans l’orbite institutionnelle : un chapitre entier de la Loi sur la transition énergétique promulguée l’été dernier en fait le tour.


Du neuf avec du vieux

Ce concept va largement au-delà du cercle habituel de la gestion des déchets. Il englobe aussi tout un écosystème économique visant à préserver les ressources et à optimiser leur utilisation. L’économie circulaire est néanmoins du même tonneau que sa grande sœur, « la société du recyclage » promue en 2008 par l’Union Européenne dans sa directive cadre sur les déchets. Plutôt qu’un cercle, ce texte prévoyait une pyramide : la « hiérarchie de déchets ». Du sommet à sa base, on y déroule un principe de subsidiarité : il vaut mieux prévenir que jeter, réemployer que recycler, recycler qu’incinérer, etc. La logique est aussi très proche d’autres concepts à la mode : le « zéro gaspillage » (« zero waste ») étendard des associations environnementales ou « l’approche Multi R » (Réduire, réemployer, réparer, recycler, etc.) défendue depuis 20 ans par le réseau européen des villes et régions ACR+ Circular Europe Network.

Dans ce tournis de concepts et déclamations, un outil opérationnel central de l’économie circulaire a pourtant presque disparu en France : la consigne. Cette quasi éradication était annoncée et voulue. Antoine Riboud la réclame expressément dans sa note fondatrice du système « point vert » à la Française sur le tri des emballages jetables, entériné par la Loi Lalonde-Royal de 1992. De fait, il ne reste de consigne chez nous qu’une partie des boissons des cafés restaurants pour le verre (eaux…) ou les fûts (bière, sodas…).

Mais qu’est-ce que la consigne ? Simplement donner de la valeur, et donc une rétribution d’une manière ou d’une autre, au fait de ramener un déchet de manière dite « préservante ». L’important est de ne pas mélanger ou détruire, par écrasement ou contamination, ce qu’on peut valoriser.

En France, contrairement à la consigne, la « tarification incitative » est à la mode. L’idée est cette fois de payer en fonction de ce qu’on jette comme disent les anglophones (Pay as you throw system). Une redevance dépendra par exemple du poids des poubelles résiduelles relevées par la benne à ordure. La consigne c’est l’inverse : « gagnez comme vous triez ». C’est-à-dire gratifier plutôt que pénaliser.

Trois consignes au lieu d’une

On connait vaguement la consigne pour le réemploi : la traditionnelle réutilisation des bouteilles de verre par exemple. On connait beaucoup moins les nouvelles consignes : pour mieux recycler ou pour simplement moins polluer.

Dans d’autres pays européens comme l’Allemagne, la consigne pour le « re-remplissage » est systématique. Les emballages boissons sont massivement passés du jetable au durable. Y compris les bouteilles plastiques de sodas. La France a beaucoup à (ré)apprendre de ces exemples. On commence aussi à voir des consignes pour réutilisation dans le non alimentaire. C’est plus simple car il y a moins de problèmes sanitaires pour un flacon de lessive que pour un flacon de jus d’orange.

L’Intérêt de la consigne est énorme : gain en énergie, moins de gaz à effet de serre, emplois locaux, évitement des déchets… Une étude Belge sur le verre montre que c’est plus écologique que tous les systèmes d’emballages jetables dès lors que les bouteilles font moins de 200/250 km entre la récupération et la réutilisation. Même la grande distribution le fait là-bas. Et ça marche aussi pour le vin, dont la grande majorité est conditionnée (mis en bouteille ou en cubi) juste avant la distribution. L’idée est simple : le conditionnement se fait non plus chez le producteur mais à l’arrivée, au sein de la plate-forme logistique, dans des bouteilles consignées.

Petit à petit la consigne pour réutilisation refait aussi parler d’elle en France. Des entreprises innovantes ont développé le concept, comme la société Ecocups qui propose des gobelets réutilisables pour les évènements. La Loi sur la transition énergétique, prévoit d’ailleurs timidement que « des expérimentations peuvent être lancées sur la base du volontariat afin de développer des dispositifs de consigne,  en particulier pour réemploi». La consigne bouge encore.

Rapporter pour recycler

La loi ne la limite donc pas la consigne au réemploi. Car une autre consigne est possible. On voit fleurir sur certains parkings de supermarchés de drôles de machines qui ressemblent à des distributeurs de boisson. Leur fonction : récupérer les flacons recyclables que les particuliers ramènent. En échange, ils obtiennent des points ouvrant droit à des réductions de prix. Certaines villes ont généralisé le dispositif. C’est le cas de Cadaqués en Catalogne : les petits commerçants disposent de ce type de machines pour récupérer les emballages du système point vert. Tout le monde est gagnant : le tri, le petit commerce et le consommateur. Ils atteignent des taux de récupération dépassant les 90% avec une qualité de tri frisant les 100%. Ces taux font rêver les français : on ne collecte chez nous qu’une bouteille en plastique sur deux malgré une communication récurrente et musclée et les erreurs de tri peuvent atteindre et dépasser 25%.

Des start-up se développent depuis quelques années, Lemon-tri ou Canibal par exemple, pour mettre en place des machines de récupération des emballages boissons jetables (canettes, bouteilles…). Le modèle économique n’est pas encore assez stabilisé pour un développement massif. Il dépendra du niveau de participation de ceux qui mettent ces emballages sur le marché.

L’idée d’utiliser la gratification pour provoquer le geste de tri est promise à un bel avenir. Elle permettra notamment de répondre à une des critiques récurrentes qui pèse en France sur les systèmes de tarification en fonction de ce qu’on jette : son impact social. Car les gros producteurs de déchets ne sont pas seulement des "riches" qui (sur)consomment. Ce sont aussi les familles qui mécaniquement produisent plus de déchets que les couples ou personnes seules et se voient ainsi pénalisées. Ce qui est légitime du point de vue pollueur-payeur, apparait aux yeux de beaucoup comme indéfendable du point de vue social. Le système de consigne, à l’inverse, gratifie le bon geste de tri, et ne pénalise pas les familles nombreuses.

Éviter la dissémination

Au bord de chaque cours d’eau, de chaque canal, on ne peut se promener en France sans rencontrer des plastiques flottants. Partie visible d’un iceberg qui coule jusqu’à l’océan. 10 à 20 millions de tonnes de plastiques par an sont ainsi rejetés chaque année dans la mer selon le programme des Nations Unies pour l’environnement. Les soupes de petits plastiques qui flottent entre deux eaux sont si denses, qu’on les appelle des continents. Et ces plastiques entrent nécessairement dans la chaine alimentaire : on sait aujourd’hui que manger du poisson ou des fruits de mer, c’est aussi manger du plastique. Le décret d’interdiction récente des sacs plastiques est sans doute un signe positif, mais il ne concerne véritablement qu’une petite partie de ces déchets.

L’été, nous sommes tous témoins de dépôts sauvages au détour d’un chemin, d’emballages jonchant les bords de routes ou les plages. Les démarches volontaires d’associations ou de collectivités se multiplient pour « nettoyer la nature ». Des élus aussi dénoncent régulièrement ce scandale. Parallèlement, la majorité des déchets dangereux diffus pour l’environnement ne sont pas orientés avec les filières qui en permettraient une parfaite dépollution. On ne capte par exemple qu’un tiers des piles jetables malgré les efforts des systèmes de récupération actuel.

Personne ne peut se satisfaire de cette situation où seuls une minorité des déchets dangereux est correctement captée et traitée. C’est pourquoi il est urgent de donner de la valeur au fait de ramener ses déchets à travers une « consigne antipollution » pesant systématiquement sur les déchets non biodégradables ou dangereux.

Ces trois consignes, pour réemploi, recyclage ou antipollution, sont aujourd’hui à inventer ou réinventer. Elles paraitront bientôt indispensables à l’économie circulaire et à ses avatars.  Mais surtout, à l’inverse de « l’écologie punitive » critiquée par Ségolène Royal, la consigne ouvre la voie d’une nouvelle écologie, une « écologie gratifiante » probablement indispensable à la mobilisation de tous.

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Helder De Oliveira

Directeur
ORDIF

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