Dès leur création en 1964, les agences de l'eau font figurent d'objets administratifs non identifiés. Des établissements publics à caractère administratif qui fixent et perçoivent des redevances, du jamais vu ! Alors forcément, cette autonomie, et en particulier le pactole collecté, attise les jalousies et alimente les rapports de la Cour des comptes. Mais si le statut des agences n'est pas remis en cause, ses détracteurs ont gagné une bataille majeure en 2006. « La loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema) soumet désormais le budget des agences au contrôle du Parlement et encadre les orientations des programmes quinquennaux », s'insurge Bernard Barraqué, chercheur à l'Engref. Cette évolution ne choque pourtant pas Alain Strebelle, directeur de l'agence de l'eau Artois-Picardie. « La loi détermine des plafonds de redevances suffisamment hauts pour nous donner des marges de manoeuvre suffisantes. » Ce qui le marque bien davantage, c'est l'évolution des champs d'intervention des agences. De financeur de stations d'épuration et de réseaux d'assainissement à l'origine, elles ont dû s'adapter aux nouvelles exigences réglementaires, de la directive-cadre sur l'eau de 2000 à la Lema, qui précise leurs interventions notamment en matière d'inondations et d'eau potable. Même le Grenelle envisage de leur confier des responsabilités dans la restauration des continuités écologiques et d'opérateur foncier sur les zones humides ! Animer les projets, motiver les maîtres d'ouvrage et gérer des milieux, autant de nouveaux métiers à apprendre dans un contexte de réduction des effectifs. « Il va falloir rechercher des gains de productivité et redéployer nos moyens humains », conclut Alain Strebelle.