Un peu plus de 8 milliards d'euros. C'est, selon l'Insee, les dépenses des ménages français en 2008 pour l'amélioration thermique de leurs logements. C'est un début, mais on est encore loin de l'énorme marché de 500 à 600 milliards promis l'année précédente par Jean-Louis Borloo, dans l'euphorie post-Grenelle. La première loi Grenelle pose le principe d'une réduction d'au moins 38 %, d'ici à 2020, de la consommation des bâtiments existants. La seconde, d'une obligation de travaux aux contours encore bien flous, pour les bâtiments tertiaires ou abritant une activité de service public, entre 2012 et 2020.
C'est de ce côté que, pour le moment, le bât blesse. Les propriétaires immobiliers perçoivent cependant un frémissement. « Cela ne se fera pas par un coup de baguette magique, mais nos locataires sont de plus en plus demandeurs », assure Cyril de Francqueville, directeur général délégué de BNP Paribas Reim. Mais tant que le décret précisant les objectifs par types d'activité et par familles de bâtiment et surtout le point zéro auquel se réfèrent ces 38 % n'est pas publié, aucun mouvement massif n'est possible. Or ce texte ne verra pas le jour avant un an. « Dans le tertiaire, nous avons encore sans doute devant nous deux ou trois années d'expérimentation avant une période plus dense de travaux, de 2015 à 2020, et probablement au-delà », estime Alban Lapierre, directeur de la société d'ingénierie énergétique Alterea.
Car l'heure est surtout à la réflexion et aux diagnostics. « Il faut arrêter ces audits à répétition, souvent sans réelle plus-value et qui ne débouchent sur rien. Passons aux travaux ! », martèle Damien Lambert, directeur général du bureau d'études Amoes, qui a montré l'exemple en rénovant ses propres locaux, inaugurés le mois prochain, en basse consommation. Sensibilisés plus récemment, les grands investisseurs immobiliers ont cependant besoin de connaître l'état énergétique de leur parc avant de plonger dans le grand bain. Leur stratégie repose sur le classement par typologies d'actifs et l'échantillonnage, à l'image d'UFG-Rem qui prépare parallèlement, avec sa démarche « Greenbook » menée avec Synteo et l'Ademe, la signature de baux verts, bientôt obligatoires. Passée cette longue phase d'approche, cependant, pas sûr que de lourds travaux de rénovation soient massivement engagés. D'abord car les propriétaires tertiaires comptent, contrairement aux bailleurs sociaux, avant tout sur la sensibilisation des salariés couplée à l'efficacité d'interventions légères peu coûteuses (optimisation des contrats, détecteurs de présence...). Ensuite, parce que demeure entière la question des copropriétés, qu'il restera à inventer des mécanismes de financement ad hoc et à améliorer significativement la qualification des bureaux d'études et entreprises intervenantes.