Procédures trop chères et trop longues, mécanisme centralisé et opaque, les fabricants d'éco-matériaux sont rarement tendres avec le système français d'agrément des produits et procédés de construction. Un constat que partage au moins en partie les pouvoirs publics qui demandaient, début 2012, l'élaboration de « nouvelles procédures pour les produits et systèmes constructifs innovants » et la décentralisation « du processus d'évaluation du CSTB en créant des plateformes territoriales ».
Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) est le point de passage obligé pour obtenir un avis technique, véritable sésame reconnu par les assurances pour accéder au marché hexagonal. « Le besoin de simplification est urgent. Le système actuel ne facilite ni l'innovation, ni l'emploi », regrette Frédéric Lecoanet, président de l'Association des matériaux bio-sourcés (AMB). La structure a été créée en février 2012 par l'université Henri-Poincarré de Lorraine et l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois (Enstib).
Objectif : favoriser la collaboration entre entreprises innovantes, des PME souvent, et centres techniques locaux et délivrer ses premiers certificats dans un an. « Ces avis qualité matériaux bio-sourcés (AQMB) sont réservés aux matériaux naturels présentant un faible impact environnemental. Les PME ne se retrouvent pas dans le système du CSTB, calibré pour les grandes entreprises. Même si elles ont déjà fait réaliser des tests par d'autres laboratoires accrédités Cofrac, les entreprises innovantes doivent les faire refaire au CSTB. Et pour un coût d'au moins 40 000 euros et des délais beaucoup trop longs, d'au moins deux ans », affirme Frédéric Lecoanet.
Au CSTB, on assure que ce temps est passé de dix-huit à sept mois, un des effets du plan de modernisation lancé début 2012. « Cela ne s'est pas encore traduit dans les faits ! », raille le dirigeant d'une PME concernée. « Nous avons constaté quelques améliorations ces derniers temps. Nous aimerions cependant que les tarifs dépendent de la taille de l'entreprise », témoignait au contraire récemment dans nos colonnes Lucie Contet, présidente de l'Association syndicale des industriels de l'isolation végétale (Asiv).
Pour l'AMB, c'est la création de l'association qui a fait bouger la grosse machine CSTB. Pour mettre un pied en régions, l'établissement public commercial a signé un accord-cadre avec le réseau des Centres techniques industriels ainsi que la charte d'engagement des plateformes Bâtiment-énergie-Grenelle. Il a même lancé, fin octobre, la mission d'accompagnement à l'évaluation technique du Grand-Est. « Il ne faut pas faire de procès d'intention au CSTB sous prétexte qu'il n'a pas réagi assez vite ! Les produits d'origine biologique doivent être traités de la même manière que les autres et pas par des officines qui ne sont pas aussi objectives », s'indigne Alain Maugard, l'ancien président emblématique de l'Epic.
Une petite centaine d'industriels attendrait pourtant la sortie des AQMB. « Il nous reste à convaincre les assureurs pour qu'ils les reconnaissent », souligne Frédéric Lecoanet. Un autre pas à franchir…