E
n France, les scientifiques es timent que la moitié des tourbières ont été détruites en cinquante ans », regrette Anne Vignot, présidente du Conservatoire d'espaces naturels de Franche-Comté (CEN). Dans le Jura, un quart des surfaces toujours présentes dans le paysage devraient voir leurs fonctionnalités restaurées ou améliorées d'ici à 2020 grâce au programme Life tourbières. Le programme, d'une durée de six ans, est porté par plusieurs organismes locaux, du CEN au parc naturel régional, en passant par des syndicats mixtes. Il mobilisera 8 millions d'euros financés pour moitié par les collectivités et l'agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse et par des fonds européens.
Ces milieux humides sont reconnus aujourd'hui pour leur capacité à stocker du carbone, à agir comme des réservoirs filtrants et à héberger une faune et une flore remarquables. Mais « ils ont longtemps été considérés comme des surfaces improductives », rappelle Geneviève Magnon, chargée de mission au syndicat mixte des milieux aquatiques du Haut-Doubs. On a donc cherché à les assécher pour exploiter la tourbe ou cultiver des espèces exogènes. Les tourbières ayant avant tout besoin d'être saturées en eau, le projet compte neutraliser 16 kilomètres de drains.
Des premiers travaux ont permis au conservatoire d'engranger une expérience en matière de réhabilitation. Au-delà des questions hydrologiques, les nuisances varient pour chaque milieu. Là, l'apport de matière organique s'est révélé trop important. Ailleurs, le sol n'a pas supporté les tassements successifs… La plantation de pins de Weymouth est à l'origine de nombreux dégâts, leurs longues aiguilles s'accumulant en un tapis qui étouffe la flore autochtone. « Il faut éliminer ces espèces au profit de mousses, de sphaignes ou de myrtilles », explique Geneviève Magnon. Un travail de longue haleine.
Bien que l'homme ait essayé d'installer des dizaines d'espèces dans les tourbières, celle-ci est heureusement l'une des rares à avoir résisté à l'acidité, la pauvreté et l'humidité du milieu. Anne Vignot se montre optimiste quant à l'avenir des tourbières jurassiennes. À condition que l'on tire quelques enseignements du passé ! « La tendance est toujours à la destruction, regrette-t-elle. Ces travaux doivent nous éclairer sur la manière de penser nos aménagements. L'argent public est rare. Évitons de l'utiliser es sen tiellement pour la réparation. »