C ure de jouvence pour la Nouvelle France industrielle. Le programme du gouvernement avait identifié, en 2013, trente-quatre secteurs à relancer de toute urgence. En 2015, on est passé à dix solutions à grand défi d'avenir dans lesquelles l'hydrogène figure en bonne place. De quoi renforcer les objectifs du plan « mobilité hydrogène France » qui prévoit cent stations et mille véhicules à l'horizon 2020, puis 600 stations et 800 000 véhicules d'ici à 2030. Reste à savoir comment s'y prendre.
La principale question à résoudre concerne le maillage de l'infrastructure de recharge. Dans une logique de continuité, il est tentant de privilégier quelques grands axes sur lesquels déployer les stations pour que les conducteurs qui traversent le pays ne risquent pas la panne sèche. Le parcours qui relie Oslo à Naples est d'ailleurs plutôt bien couvert… Si l'on excepte la partie française.
Cette approche peut-elle suffire à convaincre les usagers de s'équiper en véhicules ? Pas sûr. « C'est la question de la poule et de l'œuf qu'il faut résoudre, résume Bertrand Chauvet, chargé du marketing et du développement chez SymbioFCell. Une étude menée en 2014 montre que, pour des questions de rentabilité, on a plutôt intérêt à opter pour une logique captive et territoriale. »
De fait, c'est pour leur flotte de véhicules utilitaires que Valence-Romans-Sud Rhône-Alpes ou Paris se sont récemment équipées de bornes. De même que la Manche pour son service départemental d'incendie et de secours.
Avec cette stratégie, le retour sur investissement est à portée de main, y compris pour les petits parcs. Surtout si, comme la Société du taxi électrique pari-sien, on en profite pour optimiser le taux d'utilisation de ses véhicules. « Ils rouleront jour et nuit », souligne Pierre-Étienne Franc, directeur des marchés et des technologies avancées chez Air liquide… Une option rendue possible par le temps de recharge très court (entre trois et cinq minutes). Et qui n'était pas envisageable avec une flotte électrique à batterie.
Pour essaimer sur le territoire, ces stations conçues autour de flottes captives ont tout intérêt à s'ouvrir aux usagers extérieurs. « Au moins dans un premier temps, il faut éviter d'investir deux fois au même endroit », poursuit-il. Suivant cette logique, (feue) la Région Basse-Normandie a lancé un plan de déploiement de quinze stations. Elle entend retenir les projets des collectivités qui réunissent autour d'elles des entreprises locales intéressées par la mobilité à l'hydrogène. Ce type de clusters de flottes captives publiques ou privées pourraient progressivement mailler le territoire national… Alors il sera temps de les relier pour disposer d'un réseau de distribution digne de ce nom. l