Il suffit de quelques chiffres pour appréhender la gravité du risque sanitaire du radon. Première source d'exposition de la population française à la radioactivité, il est aussi responsable, selon l'INVS, de 5 à 12 % des décès par cancer du poumon en France, deuxième cause derrière le tabac. En Bretagne ou en Corse, cette proportion dépasse même 20 % ! Le radon est naturellement présent partout en quantités variables. Les sols granitiques ou volcaniques sont les plus favorables à sa formation, mais la configuration des bâtiments et le mode de vie influent é ga-lement sur sa concentration dans les habitations. Les moyens pour la réduire sont bien connus, mais peu mis en œuvre. L'amélioration de l'étanchéité du sol, par la pose de dalles de béton, et l'installation d'une ventilation, voire la mise en dépression du vide sanitaire, suffisent bien souvent. La réglementation qui imposait à certains établissements recevant du public dans 31 départements à risque la mesure du radon et des actions correctives au-delà de 400 Bq évolue prudemment sur l'habitat privé (lire encadré).
Alors que les deux plans nationaux d'action pour la gestion du risque lié au radon recommandaient de fixer une limite réglementaire applicable aux habitations, il est dorénavant prévu de fixer une valeur de référence qui sera probablement celle qu'a déjà retenue la Commission européenne, soit 300 Bq/m³ en moyenne annuelle. En France, aujourd'hui, la concentration moyenne est de 90 Bq, de 20 Bq à Paris jusqu'à 200 Bq en Haute-Vienne avec des pics locaux à 1 000 Bq. Car ces valeurs moyennes ne sont qu'indicatives. « La particularité du radon, c'est que sa concentration varie selon les paramètres de chauffage, de ventilation et de météo. Dans une maison, on peut enregistrer des pics dans certaines pièces seulement », explique Jérôme Joly, directeur général adjoint de l'IRSN. Sans contrainte réglementaire, comment convaincre les particuliers les plus exposés de faire des travaux ? Un programme expérimental (2007-2010) mené dans l'habitat privé en Limousin a montré que 39 % des habitations dépassaient des concentrations de 400 Bq/ m³. Malgré l'accompagnement technique et financier, peu de particuliers sont passés à l'acte.C'est en Haute-Vienne qu'a démarré un programme pilote « Radon, changeons d'air, relevons le défi ». Porté par l'IRSN, les communautés de communes des monts d'Ambazac et val du Taurion et de l'Aurence et Glane Développement, il va permettre aux habitants volontaires de connaître leur niveau d'exposition et va les accompagner dans la mise en place d'actions pour le diminuer. « Nous allons distribuer 1 000 kits de mesure, via les mairies, à tous les particuliers qui le souhaitent. L'envoi confi dentiel des résultats sera assorti de recommandations d'agir selon les concentrations mesurées », explique Jérôme Joly.Le kit comprend trois dispositifs de mesure à installer dans trois pièces de la maison pendant deux mois. Les propriétaires les plus exposés seront invités à participer à des ateliers de sensibilisation et de remédiation organisés par le lycée des métiers du bâtiment de Felletin. « Il y a déjà eu beaucoup de campagnes de détection, avec des résultats mitigés en termes de réalisation de travaux. D'où cette nouvelle idée d'ateliers collaboratifs qui vont faire passer de l'information pratique telle que les gestes simples de ventilation ou des travaux accessibles aux bricoleurs », espère Jérôme Joly. Mais les particuliers ne sont pas la seule cible.« Nous commençons par la formation des artisans en électricité, ventilation et maçonnerie susceptibles d'intervenir en rénovation des bâtiments, de manière à leur donner des compétences complémentaires par une journée de formation », précise Laurent Lhéritier, chef de travaux au lycée Felletin. Les kits ont été distribués pendant l'hiver, en période de chauffe, et les résultats sont attendus pour le mois de mai. Statistiquement, l'IRSN estime que sur 1 000 habitations contrôlées, quelques centaines dépasseront les 300 Bq et quelques dizaines les 1 000 Bq/ m³.