La Commission européenne s'attaque au trafic en milieu urbain. Elle a proposé des objectifs extrêmement restrictifs au titre de la feuille de route Transports 2050 qui vient d'être rendue publique. Ainsi, d'ici à 2030, elle ambitionne d'éliminer au moins 50 % des véhicules à motorisation thermique des centres-ville. D'ici à 2050, l'objectif est encore plus drastique : à cette échéance, seuls les véhicules hybrides et électriques seraient autorisés à circuler librement en zone urbaine.
Ce haussement de ton s'explique par la part conséquente des transports dans les émissions de gaz à effet de serre : près de 25 %, et la circulation en ville contribuerait grandement à la hausse des émissions. « L'Europe montre le chemin en proposant la mise en place systématique de zones d'exclusion urbaine à l'encontre de l'automobile à motorisation classique », se félicite Jean-Paul Jacquot, le vice-président de la Fnaut (Fédération nationale des associations des usagers des transports). « Les transports urbains représentent plus de 30 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans le secteur des transports. L'écocitoyen est prêt à accepter les mesures coercitives », assure-t-il. Ainsi, un récent sondage commandé par la Commission a été réalisé auprès de 25 570 citoyens des 27 États membres. Parmi ses conclusions : plus de la moitié des personnes interrogées se déclarent prêtes à remplacer l'ensemble des taxes frappant l'automobiliste par un système de paiement au kilomètre, ou « pay-as-you-drive ». Sur la base du principe « pollueur-payeur », c'est l'une des pistes envisagées par la feuille de route Transports 2050 pour accompagner la sanctuarisation progressive de zones intra-urbaines. Au même titre que la mise en place de péages urbains.
Selon ce même sondage, les Européens semblent aussi plébisciter les véhicules de gabarit modeste (62 %) et d'autonomie plus réduite (56 %). Les Français se montrent d'ailleurs parmi les plus enthousiastes (respectivement 70 et 64 % sur ces deux derniers critères). La France vient justement de faire un pas pour bannir certaines voitures des villes. Le 6 avril, Nathalie Kosciusko-Morizet a précisé le projet d'expérimentations de zones d'actions prioritaires pour l'air (Zapa). Huit collectivités1 devraient expérimenter plusieurs actions. Notamment la restriction de la circulation des véhicules les plus polluants dans les agglomérations où se posent des problèmes de qualité de l'air. Cette initiative a été saluée par les élus avec, toutefois, quelques réserves. Pour l'association des maires de grandes villes de France, cette politique doit rester « conforme à la libre administration des collectivités locales, et être accompagnée d'un développement de transports alternatifs au service des populations concernées ».
Un point fait consensus : les zones d'exclusion urbaine doivent se mettre en place sans compromettre la qualité de service proposée aux usagers. « Il ne s'agit surtout pas de réduire la mobilité des personnes, mais de proposer des alternatives modales crédibles et fiables », prévient Jean-Paul Jacquot, de la Fnaut. Un effort d'organisation et de transparence qui, note au passage Jean-Paul Jacquot, ne semble pas aujourd'hui compatible en France avec « l'empilement des niveaux de responsabilité en matière de transports urbains et interurbains - mal - répartis entre les différents niveaux de collectivités territoriales et l'État. Il faut une autorité unique ».
Autre bémol, le dispositif français Zapa « concerne deux polluants, le dioxyde d'azote et les particules, mais ne pourra être compris et accepté par les usagers que s'il lutte également contre le changement climatique », a réagi par communiqué Denis Baupin, adjoint à la mairie de Paris chargé du développement durable, de l'environnement et du plan climat. Faute de quoi, l'élu estime que seuls les véhicules diesels les plus anciens et les moins coûteux seront concernés. Pas les plus puissants qui, même plus récents, sont plus consommateurs d'énergie fossile. Et inadaptés à la ville.