Que recouvre précisément ce concept d'énergie grise ?
Il n'en existe pas encore de définition officielle. En attendant qu'un consensus se dégage autour d'une norme, le CSTB propose de la définir comme l'énergie primaire « procédé » consommée tout au long du cycle de vie d'un composant d'ouvrage. De l'extraction ou de la production d'un matériau, par exemple, jusqu'à son recyclage. Cette définition ne prend pas en compte l'énergie primaire « matière » mobilisée, c'est-à-dire celle qu'on pourrait extraire du bois utilisé dans la construction en le valorisant thermiquement. Pour apprécier correctement l'énergie grise, nous proposons donc de produire trois indicateurs : l'énergie primaire totale, l'énergie primaire non renouvelable (matière et procédé) et l'énergie primaire « procédé ». L'énergie grise d'un bâtiment s'obtient en additionnant aux dépenses d'énergie des différentes phases du chantier, celles de ses différents composants qui n'ont pas déjà été considérées dans les Fiches de déclaration environnementales et sanitaires (FDES) correspondantes.
Est-elle aujourd'hui prise en compte pour concevoir un bâtiment ou en évaluer à posteriori les qualités environnementales ?
Rarement. Mais au regard du parc existant, se focaliser comme on le fait actuellement sur l'énergie d'exploitation est une excellente chose. S'intéresser à l'énergie grise est un chantier nouveau et différent qui vise à réduire la facture globale. Quand on s'approche de zéro, comme avec les bâtiments basse consommation (BBC), chaque kilowattheure est de plus en plus difficile à gagner. Il est plus facile de dégager des économies sur un autre poste...
Cette approche défavorisera-t-elle certaines filières de matériaux ?
Il convient de prêter attention aux inquiétudes de certains acteurs industriels. L'aluminium, qui présente une forte énergie grise, restera pertinent pour certaines utilisations, en apportant ses fonctionnalités. L'énergie grise doit devenir un des critères de choix, mais pas l'unique. Aucun produit ou matériau n'est mauvais sur tous les indicateurs. Il faut finalement élargir notre champ de vision au cycle de vie complet, sans oublier de prendre en compte les besoins de transports des habitants.