À quelle conclusion est arrivé le groupe de travail ?
On n'échappera pas à une hausse du prix de l'énergie. Affrontons-la pour qu'elle soit efficace et socialement acceptable. Si on se contente d'augmenter l'offre énergétique, on aboutit à une impasse. Nous sommes dans une culture de la solution technologique. Mais la maîtrise de la demande fait appel aux leviers réglementaire et économique. Ainsi, le pétrole est quasi exclusif dans les transports et il ne semble pas légitime de privilégier une unique technologie comme l'électrique. Rien ne garantit qu'elle ne devienne pas une deuxième ou une troisième voiture s'ajoutant à celles déjà sur les routes. Nous proposons plutôt d'obliger les constructeurs à descendre à de très faibles consommations. Si vous passez de 8 à 2 litres aux 100 kilomètres, vous divisez par quatre la consommation !
Et pour le bâtiment, autre grand gisement d'économies ?
Pour le chauffage, il est souhaitable de sortir le fioul des maisons. C'est une catastrophe sociale, à cause de son prix. Il y aura diverses alternatives. Aucune raison de passer au tout électrique. La voie centrale est la rénovation thermique. Le Grenelle a fait bouger les lignes dans le neuf. Pas dans l'existant. Un jour, il faudra imposer la rénovation thermique lors des changements de propriétaires. Dans l'immédiat, ce n'est pas envisageable, car trop cher. Pour commencer, nous proposons que les droits d'enregistrement, lors d'une transaction, soient modulés selon les performances énergétiques du logement.
Une « taxe carbone » serait-elle un bon catalyseur de la transition énergétique ?
Il faut ponctionner une partie des recettes fiscales pour financer la rénovation thermique et lutter contre la précarité énergétique. Un des problèmes de la taxe carbone envisagée par le gouvernement était l'incompréhension sur l'utilisation des fonds. Nous préconisons une CSPE - contribution au service public de l'énergie - élargie. Elle réunirait l'actuelle CSPE, un prix sur la part carbone de l'électricité et une augmentation de la taxe sur les énergies fossiles. Nous proposons aussi une tarification progressive de l'énergie par tranches de consommation en fonction des revenus. Gratuite sous un certain niveau de consommation. Taxée au-delà d'un seuil.
La sortie du nucléaire est-elle un préalable incontournable ?
L'une des premières mesures à prendre en 2012 sera d'organiser un débat parlementaire avec une loi programmatique. S'il n'est pas possible, aujourd'hui, de se passer du nucléaire, mettons-nous dans une situation où nous aurons le choix. Les conditions ? Que l'efficacité énergétique ait fait ses preuves, que l'on développe les renouvelables... et la question des réseaux : RTE est codirigé par la Commission de régulation de l'énergie et par EDF. Nous proposons que RTE redeviennent public. Ce serait un premier pas pour séparer les enjeux liés au réseau, avec une coordination européenne de la production d'électricité nucléaire. La loi Nome a eu pour vocation de faire un pas vers un marché de concurrence pure et parfaite. Mais l'abandon d'une politique industrielle, au motif que le tout marché réglerait tout, n'est pas une bonne solution. Nous suggérons donc aussi de doter le Fonds stratégique d'investissement d'un milliard d'euros pour disposer d'acteurs en France dans le renouvelable.