Les énergies renouvelables constituent « un formidable réservoir d'emplois », s'enthousiasme Alain Rousset, président de l'Association des régions de France. Sur son territoire, le Languedoc-Roussillon l'a par exemple estimé à 1 100 créations de postes. Elles sont aussi l'opportunité de gagner en autonomie énergétique pour gérer les pics de consommation. En témoigne le « pacte électrique » breton. Troisième motivation, les élus ne se satisfont plus des seules recettes fiscales que leur reversent les exploitants de centrales solaires ou éoliennes. En prenant part à la production, ils veulent mieux redistribuer les recettes à leurs habitants.
Pour y parvenir, ils se fixent une première mission : redresser la filière renouvelable. À commencer par le photovoltaïque, mis à mal par le moratoire. L'Aquitaine veut lancer, l'an prochain, un fonds d'aide spécial. À l'instar de Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées, toutes deux appuyées par la Banque européenne d'investissements et des banques régionales, le dispositif se chiffrerait en centaines de millions d'euros. En Poitou-Charentes, il est plus modeste (10 millions), temporaire (jusqu'en décembre) et ciblé sur les installateurs dont l'activité a réellement été fragilisée par les baisses successives du tarif de rachat. Dans le Var, la commune de Collobrières a, elle, choisi l'appel à projets pour développer une centrale au sol. Cette procédure permet de préciser les attentes dans un cahier des charges, notamment en termes de retombées locales. À l'échelon régional, les appels à projets mettent plutôt l'accent sur l'exemplarité, l'innovation, notamment pour l'intégration au bâti ou au paysage. Ils privilégient des projets à caractère démonstratif ou des approches mixtes, associant photovoltaïque et maîtrise de l'énergie. Plus simplement, les collectivités louent parfois leurs toitures à des opérateurs qui investissent dans le système photovoltaïque et l'exploitent en contrepartie d'un loyer. Si les collectivités en ont les compétences et les moyens, rien ne les empêchent de réaliser une partie de l'investissement. Les Régions Rhône-Alpes, Poitou-Charentes et Languedoc-Roussillon l'ont fait pour la pose de panneaux sur leurs lycées, avec l'appui de tiers investisseurs. L'Alsace et le Centre ont opté pour un dialogue compétitif avec les entreprises intéressées, à l'issue duquel elles signeront un contrat de performance énergétique (CPE) avec l'une d'elles. Cette formule contractualise une obligation de résultat, mais reste peu sécurisée sur le plan juridique.
Autre option, le partenariat public-privé (PPP) pour des projets d'ampleur portés par des régies et syndicats d'énergie. En Vendée, le premier a été passé pour quatre centrales au sol avec Ineo. Mais la cohérence de ce type de contrat avec le nouveau cadre photovoltaïque reste à préciser. Un responsable de la Caisse des dépôts ajoute que « le PPP peut poser d'autres problèmes aux collectivités en termes de suivi et de maîtrise du risque d'endettement ». Heureusement, d'autres montages existent. La société d'économie mixte (SEM) s'avère le moins risqué. En cinq ans, une cinquantaine se sont créés ou positionnés sur les énergies renouvelables. D'autres vont émerger en Poitou-Charentes, Pays de la Loire et Ile-de-France. Ces SEM ont « la flexibilité des entreprises, mais garantissent à la collectivité, qui en est généralement actionnaire aux trois quarts, que l'intérêt public prévaut dans les objectifs », estime Bernard Laget, maire de Châteauneuf et président de la Sem'Soleil, adossée au Syndicat intercommunal d'énergies de la Loire (Siel). Les SEM se rémunèrent sur la vente du courant. Le loyer qu'elles versent aux propriétaires de toitures, le plus souvent la collectivité locale, est modéré. S'il n'est pas marqué du sceau de la profitabilité, ce modèle ne boude pas pour autant la rentabilité. Sa robustesse est toutefois mise à l'épreuve depuis le moratoire. La réponse pourrait passer par la diversification. Ne pas se cantonner au solaire, mais ajouter l'hydroélectricité, la méthanisation, la biomasse...