Comment fonctionne le système ?
CDC Biodiversité a acquis le Domaine du Cossure dans la plaine de la Crau, un terrain de 357 ha, pour y faire renaître l'écosystème originel et le gérer sur le long terme. Nous avons engagé les travaux de restauration sur fonds propres avec la volonté de proposer aux maîtres d'ouvrage des unités de biodiversité qu'ils peuvent acheter pour compenser les atteintes causées par leurs aménagements. Cette approche par l'offre est expérimentale et est menée avec l'accord de l'État. Nous venons de signer avec l'Epad Ouest-Provence et SCI Boussard Nord nos premières ventes, respectivement de 50 et 30 hectares, au prix de 38 000 euros l'hectare.
Mais dans quel cadre se situent les autres offres de compensation que vous menez ?
En parallèle, nous menons une politique d'acquisition ou de contractualisation avec les propriétaires de terrains à restaurer ou à protéger. Cela nous permet de disposer d'unités de biodiversité pour répondre directement à la demande de maîtres d'ouvrage auxquels les services de l'État ont imposé une compensation. Et nous assurons la mise en oeuvre sur la durée de l'intégralité de leurs engagements. Comme les unités proposées doivent avoir une équivalence écologique, nous essayons d'en disposer de toute nature. Par exemple, les unités de la plaine de la Crau sont destinées à compenser des impacts sur un milieu de plaine sec méditerranéen. Par principe, nous compensons au plus près du lieu de l'impact chaque fois que c'est possible.
Comment se calculent la surface et le prix de la compensation ?
En termes de surface, un hectare sacrifié vaut au moins un hectare compensé. Mais l'intérêt faunistique ou floristique du site, la rareté du milieu peuvent justifier un ratio plus élevé. Maîtres d'ouvrage et prestataires spécialisés des services de l'État doivent arriver à un accord. Pour le prix, soyons clairs, nous n'attribuons pas un prix à la biodiversité perdue, mais nous chiffrons le prix de la réparation que nous menons ailleurs. Il varie selon le milieu et selon le prix local du foncier. Il n'existe pas de grille.
Quelles compétences ce métier exige-t-il ?
CDC Biodiversité travaille avec vingt collaborateurs pour exercer un métier à la croisée de l'ingénierie écologique, foncière et financière. Et la dimension financière est d'autant plus importante que nous travaillons sur la longue durée, puisque nous avons des contrats jusqu'à soixante ans. Par exemple, pour indemniser chaque année des exploitants agricoles de la perte de revenu induite par un changement de pratique, nous devons disposer des indicateurs pour l'évaluer. Le marché de la compensation est en construction et nous affinons à chaque opération nos méthodes.
L'État a lancé un appel à projets pour multiplier l'expérimentation de la plaine de la Crau. Y a-t-il la place pour d'autres opérateurs ?
Le travail est immense car, au-jourd'hui, seuls les gros projets et les grands maîtres d'ouvrage sont sous l'oeil des services instructeurs de l'État. Or, mieux gérer la compensation des impacts des petits et moyens projets devient extrêmement important dans la constitution des trames vertes et bleues. Et si les services de l'État sont diligents et exigeants, on ne sera pas trop de 10 à 15 opérateurs.