Attention, route glissante. L'essor de la voiture électrique repose sur un paradoxe. La très grande majorité des recharges - 90 % à 98 % selon les spécialistes - se déroulera aux domiciles et sur les lieux de travail. Mais ce sont les quelques recharges complémentaires sur l'espace public qui garantiront son succès. Seules les bornes sur la voirie et dans les parkings exorciseront la peur de la panne sèche.
La communauté urbaine Nice Côte d'Azur a lancé en avril son service Auto Bleue de voitures électriques en autopartage. Pour le déployer, elle procède par étapes. Fin août, 24 stations de recharge étaient installées. La deuxième phase est en cours. D'ici à fin 2012, le projet vise 70 stations. « L'implantation des stations est le critère majeur », pointe Véronique Paquis, adjointe au maire de Nice. Leur emplacement doit répondre à toute une série de critères : maillage du territoire, connexion avec les transports en commun, densité de population, puissance électrique disponible, visibilité des bornes, possibilités de stationnement... Nice Côte d'Azur a retenu le groupement Venap pour douze ans. « Fondé par Veolia et EDF, il est soutenu par de grands groupes très réactifs », justifie Véronique Paquis. Réservation par Internet, borne de recharge, voiture... En quinze jours, Venap a mis à disposition un démonstrateur complet. « Ils ont accepté une démarche évolutive. Un comité de pilotage adapte l'offre aux évolutions technologiques et retours d'expérience », ajoute l'élue. Le service propose des Berlingo Citroën et des Peugeot Ion. Des Mia d'Heuliez sont attendues d'ici à la fin de l'année. Pour la collectivité, le budget de fonctionnement est de 1,4 million d'euros par an. Et 40 000 euros pour l'installation de chaque station.
En Seine-Maritime, la communauté d'agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe (Crea) a installé des bornes sur deux sites, opérationnels depuis mars, dans des zones commerçantes. Sa feuille de route prévoit ensuite d'équiper les parkings en coeur d'agglomération, puis des sites proches des stations de métro et des points de location de vélos. Au préalable, une expérimentation avec 23 véhicules est menée pour évaluer le comportement des automobilistes. En complément, la Crea prévoit une étude de marché sur un service d'autopartage, du type de l'Auto Bleue de Nice ou de l'Autolib' de Paris. « Le modèle économique aujourd'hui le plus abouti pour une infrastructure de recharge est une délégation de service public couplée à un service d'autopartage », explique Sébastien Pividal, directeur du pôle économie, emploi et tourisme à la Crea. À condition de s'assurer qu'un tel service correspond aux besoins des habitants, et qu'il n'entre pas en concurrence avec les transports en commun.
Dans son Livre vert, remis en avril au gouvernement, le sénateur Louis Nègre a distingué trois modèles pertinents : la délégation de service public (DSP) pour les espaces gérés par des concessionnaires ; la création d'une société publique locale ; le partenariat public-privé (PPP) en cas de régie directe ou d'espaces privés dont le propriétaire n'a pas pris d'initiatives. « La plupart du temps, les gestionnaires du stationnement travaillent en DSP », signale François Le Vert, délégué général de la Fédération nationale des métiers du stationnement. « Il faudra alors passer par un avenant au contrat. » Le gestionnaire pourrait accepter d'investir dans des bornes en échange, par exemple, d'une prolongation de son contrat. Ou d'une baisse de la redevance payée à la collectivité. Ou encore d'une hausse des tarifs de stationnement.
Le sénateur Nègre signale toutefois deux incertitudes juridiques. D'une part, le financement d'un service - la recharge - par des clients qui n'en profiteront pas, les véhicules thermiques. « Il est possible que le droit appelle un financement et une comptabilité séparés », souligne son rapport. D'autre part, si l'avenant au contrat est trop avantageux pour le gestionnaire, il avertit d'un risque de distorsion de concurrence. Dans tous les cas, l'enjeu est d'homogénéiser l'offre sur le territoire. Le comble serait que la recharge soit (aussi) un casse-tête pour les automobilistes.