La crise financière sonne-t-elle le glas de la croissance verte ?
Euler Hermes réalise des études pour identifier les dynamiques sectorielles. Par croissance verte, nous entendons croissance décarbonée. Et par économie verte, les investissements nécessaires pour l'atteindre. Nous poussons à oser l'arbitrage triple : baisse des émissions de CO2, croissance économique et réduction des déficits. Certes, la population mondiale augmente, elle est de plus en plus émettrice et nous sommes en période de crise. Mais il est possible de concilier croissance économique et réduction des émissions. Pour cela, revenons à des analyses sectorielles fines, fixons des objectifs atteignables et invitons le secteur privé à se positionner. L'économie verte peut être un axe structurant.
Avec ses plans d'austérité, la France en prend-elle la direction ?
On ne peut pas protéger des acquis de croissance par des cures d'austérité. En parallèle, des soutiens à l'économie sont aussi nécessaires. Un plan d'austérité doit toujours être accompagné d'investissements. Nous proposons de les axer sur l'économie verte. Même sans être écologiste, il y a des opportunités à saisir. À condition d'avoir la même vision de long terme pour les investissements que pour l'austérité. Dans les plans français, il n'y a ni relance sectorielle, ni planification à cinq ou dix ans. Le soutien public est pourtant nécessaire. Tout l'enjeu est de décider à quels secteurs l'accorder.
Le Grenelle de l'environnement devait fixer un cap...
J'espère qu'il y aura une analyse post mortem pour comprendre pourquoi le Grenelle de l'environnement a échoué. Mais on peut en tirer une leçon. Sur le plan sectoriel, le Grenelle était trop large. La croissance sera verte si elle est rentable. La responsabilité environnementale des entreprises restent balbutiante. Elles doivent faire des profits. Pour développer l'économie verte, il faut donc trouver le juste stimulus pour qu'elles obtiennent massivement des résultats. Dans le Grenelle, il aurait fallu, en amont, être plus sélectif sur les produits et service à privilégier.
Aujourd'hui, sur quels secteurs concentreriez-vous les efforts ?
Quand l'État met de l'argent sur la table, il doit se demander à quel niveau, pour quel montant et sur quelle durée le faire. Mais surtout le mettre là où c'est rentable. Les sources alternatives d'énergie restent embryonnaires. Dans l'aérien, peu de facteurs peuvent jouer sur les émissions. Car la filière a déjà beaucoup travaillé pour réduire sa consommation de carburant, anticipant une hausse de la facture énergétique. Dans l'automobile, nous constatons une divergence entre les marchés en forte croissance - les pays émergents - et ceux qui développent de nouvelles technologies, les pays développés. Pour décarboner la voiture, il subsiste aussi des obstacles liés aux nécessaires changements de comportement. En 2020, les motorisations thermiques seront donc encore largement majoritaires. Mais il y a un pari à faire sur l'hybride. Second secteur à cibler : le bâtiment. La rénovation représente un marché sous-exploité et possède un potentiel de rentabilité. Les entreprises ont aussi leur rôle à jouer. Elles doivent continuer à investir dans l'innovation. Même en période de crise, la recherche et développement est une dépense à protéger.