En quoi Three-ME est-il novateur ?
Three-ME a la particularité d'être un modèle offre-demande multisectoriel. Il est plus adapté que les modèles d'offre multisectoriels très simplificateurs qui ne prennent pas en considération l'impact de l'évolution de la demande sur la production. Et plus performant que les modèles offre-demande unisectoriels qui négligent les transferts d'activité d'une branche à l'autre.
L'Ademe a simulé la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre en 2050. À quel mix énergétique le modèle a-t-il abouti ?
Nous parvenons au facteur 4 avec la mise en place d'une taxe carbone, la mise en oeuvre de la réglementation thermique dans le neuf, le doublement du crédit d'impôt à l'efficacité énergétique du bâtiment, et le maintien des tarifs de rachat des énergies renouvelables (ENR).
Pour la production d'électricité, nous aboutissons à la quasi-disparition des centrales thermiques à flamme, fioul combiné gaz et charbon, dont les 4 Mtep sont compensées par l'hydraulique, la cogénération, la géothermie et le biogaz. S'y ajoutent la forte montée de l'éolien et un peu de solaire. Côté chaleur, le gaz naturel disparaît au profit du bois, de l'incinération, de la géothermie et de la cogénération. Enfin, sur les carburants, nous conservons 30 Mtep de pétrole sur le transport longue distance de marchandises en tablant que deux tiers des véhicules particuliers rouleront à l'électricité. Ce scénario n'est pas un délire d'ingénieurs. Nous travaillons à partir des technologies existantes avec les coûts actuels en supposant seulement une amélioration des rendements de 2 % par an.
Avec quelles conséquences sur le PIB et l'emploi ?
Le PIB gagne six points par rapport au mix actuel et le taux de chômage est divisé par deux. Mais attention, cela suppose une augmentation rapide de la taxe carbone, qui en partant de 32 euros la tonne atteindrait 2 000 euros en 2050. Elle pénaliserait en particulier certaines branches d'activité très consommatrices d'énergie fossile : chimie, plasturgie, automobile. En revanche, d'autres comme le bâtiment et les transports collectifs vont exploser. Un transfert très positif, car ce sont des secteurs intensifs en main-d'oeuvre et non-délocalisables.
Le ministère de l'Écologie a demandé que soit testé un modèle avec réduction de la part du nucléaire à court terme. Avec quels résultats ?
Nous avons en effet testé les trois scénarios de l'Union française de l'électricité, qui fixent comme hypothèse des mix à 70, 50 et 20 % de nucléaire, de 24, 34 et 40 % d'ENR et de 7, 16 et 40 % de thermique. Nous y avons ajouté un scénario alternatif avec 50 % de nucléaire, 46 % d'ENR et 4 % de thermique. Dans tous les cas, le prix de l'électricité croit fortement. Mais les effets sur l'emploi et le PIB seraient pratiquement nuls. Dans le pire des cas, on perd 175 000 emplois, et dans le meilleur des cas, lorsque la part des renouvelables est importante, on perd moins de 50 000 emplois ; soit quelques dixièmes de pourcentage de la population active à l'horizon 2050, très loin du million annoncé par EDF ! Ce qui ressort, c'est que l'argument économique ne rentre pas en ligne de compte dans la poursuite ou non du nucléaire, qui est un choix politique.