La grande distribution avance résolument sur le sentier de la maîtrise de la consommation d'énergie. Négocié avec les pouvoirs publics sous l'égide de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), un accord impliquant la plupart des enseignes (Auchan, Carrefour, Casino, Cora, Francap, Monoprix, Simply Market, Système U, Intermarché) a été signé : il prévoit que ces temples de la consommation réduisent la soif énergétique des meubles froids à température positive (de - 1 à + 7 °C) déployés dans leurs allées, et jusqu'à 50 % d'ici à 2020.
Afin de réussir ce pari ambitieux, les dirigeants s'engagent à fermer 75 % des 700 kilomètres de meubles froids recensés. En moyenne, un supermarché exploite cinquante mètres linéaires de meubles frigorifiques et un hypermarché, près de 200 mètres. Pour gagner en sobriété, ces enseignes prévoient de couvrir leurs meubles de simple ou de double vitrage. « L'économie d'énergie attendue est à la mesure du chantier qui vient de s'ouvrir, indique Philippe Joguet, responsable développement durable de la FCD. La fermeture de 75 % des meubles froids permettrait au total d'économiser annuellement environ 2,2 térawattheures, soit la consommation annuelle de 500 000 habitants ».
Le froid commercial est en effet l'installation la plus gourmande d'une grande surface alimentaire : il représenterait en moyenne près de 40 % des dépenses énergétiques. « Selon que l'on équipe ces meubles froids d'un simple ou d'un double vitrage, l'économie réalisée varie entre 20 et 50 % », ajoute Philippe Joguet, qui précise que ce choix technique appartiendra naturellement aux responsables des magasins. Pour parvenir à l'objectif affiché, les investissements qui vont devoir être engagés risquent en effet de donner froid dans le dos à plus d'un dirigeant de grande surface. Le coût d'un mètre linéaire de meuble à température positive est compris dans une fourchette de 1 000 à 1 500 euros. La pose d'un simple ou double vitrage renchérit l'équipement de 500 à 1 000 euros, selon le type de matériel utilisé. Certes, l'économie d'énergie induite est conséquente : 1 600 kilowattheures (kWh) par an et par mètre linéaire en simple vitrage, 4 150 kWh en double vitrage. Sur la facture, le gain s'établit entre 120 et 290 euros par mètre et par an. Elle permet donc d'anticiper un retour sur investissement relativement rapide. « Pour autant, les économies attendues risquent d'être contrecarrées par certains coûts cachés », reconnaît prudemment le responsable développement durable de la FCD. Ainsi, les coûts d'exploitation et de maintenance des meubles froids fermés devraient être notoirement plus importants que leurs homologues à l'air libre. « La manipulation incessante par les clients et par les personnels des magasins peut être source de dommages », prévient Philippe Joguet. Par ailleurs, la manutention et la mise en place des produits dans ces meubles sera, par nature, plus fastidieuse. Enfin, un impact sur le chiffre d'affaires n'est pas non plus tout à fait exclu, les clients pouvant être rebutés par un accès moins immédiat aux produits. Les premières expérimentations ont néanmoins révélé une augmentation de la satisfaction chez... les consommateurs frileux, qui apprécient la hausse de la température ambiante suscitée par la fermeture des meubles froids. « Compte tenu de ces différents facteurs, il nous semble réaliste d'anticiper un retour sur investissement sur 6 ou 7 ans », suggère Phillippe Joguet. Il rappelle qu'un élément clef de la convention, passée avec le ministère de l'Écologie et du Développement durable, est de nature à alléger la facture globale de la fermeture des meubles froids. En effet, les enseignes qui choisiront la solution du double vitrage seront éligibles à l'obtention de certificats d'économie d'énergie. L'incitation prévue par ce dispositif ne sera pas anecdotique ; jusqu'à 100 euros par mètre linéaire pour un coût de 1 000 euros. De quoi convaincre les récalcitrants ?