Les sites naturels les plus beaux sont en général aussi les plus fragiles et les plus exposés à la surfréquentation. Pour en préserver la diversité biologique et paysagère, gérer le flux des visiteurs est incontournable. « Nous avons désormais une quinzaine d'années de recul dans ce domaine. Même si chaque site est unique, une méthodologie commune existe », observe Anne Vourc'h, directrice du Réseau des grands sites de France. Ces 32 hauts lieux touristiques sont des sites classés qui, menacés par la surfréquentation, font l'objet d'une forte volonté locale de réhabilitation. Après réaménagement, ils peuvent prétendre au label officiel « Grand site de France », gage d'une gestion durable. Seuls l'Aven d'Orgnac, la montagne Sainte-Victoire, la Pointe-du-Raz et le Pont du Gard, très récemment rejoints par le Puy-de-Dôme et Bibracte-Mont-Beuvray, peuvent aujourd'hui utiliser cette marque. Mais ce sont bien tous les sites naturels qui peuvent bénéficier de la méthodologie.
« Toutes les parties prenantes doivent se mettre d'accord autour d'un projet qui respecte l'essence même du site, ce qu'on nomme « l'esprit des lieux », avance Anne-Françoise Pillas, au ministère de l'Écologie. Première étape, donc : la concertation. « Il ne faut néanmoins pas hésiter à lancer une procédure de déclaration d'utilité publique, afin de pouvoir exproprier en cas de blocage de la part de propriétaires privés. La maîtrise du foncier est indispensable », remarque Emmanuel Buis, responsable du projet d'aménagement du mont Gerbier-de-Jonc.
Décharger le site
Un projet de mise en valeur des sources de la Loire longtemps resté dans l'impasse, le fleuve prenant naissance dans... un restaurant.
« Chaque site dispose d'une capacité d'accueil maximale. Une étude de fréquentation permettra de définir une stratégie adéquate de gestion des flux », explique Anne Vourc'h. Objectif : décharger le site en reculant l'implantation des structures d'accueil et en déployant des aménagements, de préférence légers, sur un périmètre élargi. Le tout, en fonction de la capacité de charge de chaque zone. Une stratégie notamment mise en oeuvre à la Pointe-du-Raz, à Saint-Guilhem-le-Désert ou encore, actuellement, au puy Mary. Quelque 575 000 visiteurs convergent chaque été vers ce volcan du Cantal autour duquel rayonnent sept vallées glacières. « Nous aménageons sur ce site, dont la surface a été multipliée par trois, un réseau d'accueil et d'interprétation autour d'une maison de site HQE autonome en eau et en énergie », détaille Bertrand Gauvrit, directeur du syndicat mixte du puy Mary. Un système de transport par minibus est également prévu. Bouter la voiture hors du coeur du site est une constante dans ce genre d'opération. Une des tactiques : créer des portes d'accès symboliques à côté de parkings dimensionnés au mieux. C'est, par exemple, le cas dans le Pas-de-Calais (lire encadré) ou dans les Côtes-d'Armor sur le site Natura 2000 du Sillon de Talbert, l'un des « Espace remarquable de Bretagne » récemment réhabilité. Des aménagements coûteux, souvent longs à mettre en place, mais nécessaires à la préservation des sites et qui, paradoxalement, attirent des visiteurs de plus en plus avides de « tourisme durable ».