À l'échelle du territoire, les métiers du génie écologique apportent des réponses concrètes aux questions soulevées sur les usages et les impacts sur les écosystèmes, mais également sur la valorisation des liens avec le vivant. Les activités humaines sont en effet dépendantes des é co systèmes, directement ou indirectement. Par leur fonctionnement, ceux-ci produisent des services é co lo giques essentiels à la richesse et au développement des territoires, par exemple la capacité naturelle d'épuration de l'eau et de gestion de crue. Cependant, la destruction de milieux et la fragmentation du territoire détériorent la qualité de ces services. Le génie écologique apporte des solutions o pé ra tion nelles pour assurer la compa ti bi li té des usages avec le vivant en optimisant la capacité résiliente des écosystèmes et en favorisant un fonctionnement autonome. Depuis 2002, la société bretonne Dervenn est spécialisée en génie écologique. Elle propose des prestations incluant travaux, conseils, études et ingénierie pour ses clients collectivités et entreprises.
En 2008, Dervenn a été missionnée par la direction régionale de l'en vi ron-nement, de l'aménagement et du logement (Dreal) de Bretagne pour assurer les opérations de restauration des milieux naturels (é tudes, travaux, gestion) liées à la construction du barreau routier de Pont-Lagot, près de Rennes. Un projet conçu pour fluidifier le trafic entre la rocade de Rennes et la nationale 12. Pendant que les entreprises de génie civil réalisaient les premiers ouvrages d'art, l'objectif pour Dervenn était le déplacement d'une mare, habitat naturel du Triton crêté (espèce protégée) pour la préservation de la biodiversité. Pour cela, un réseau constitué d'une grande mare de 150 m² et de plus petits points d'eau a été créé. Une canalisation de près de 100 mètres vient capter, via un système de drainage, l'eau issue de la première mare pour assurer le retour des tritons dans le milieu ainsi réhabilité. Car le triton a une mémoire olfactive de l'eau de son lieu de naissance vers lequel il tend à revenir pour sa reproduction. Les ruisseaux et fossés qui devaient être détournés ont également été restaurés pour l'accueil d'autres espèces. Le cours d'eau principal a été recréé par le creusement des nouveaux lits, puis l'apport de matériaux (cailloux et blocs) disposés sur le fond pour dynamiser le courant et assurer la continuité écologique et hydraulique. Ces aménagements permettent également d'augmenter les capacités d'autoépuration du cours d'eau grâce à une meilleure oxygénation et une diversité d'habitats naturels. La végétation des berges de l'ancien lit a été transplantée dans le nouveau ruisseau, garantissant ainsi des capacités d'accueil optimales. Des interventions sur les plus petits fossés ont permis d'optimiser le réseau d'écoulement et d'habitat. Enfin, une zone humide de près d'un hectare a été restaurée : l'arrachage des saules a ouvert le milieu, favorisant ainsi le développement des libellules, demoiselles et oiseaux. Des fagots de branches et de bois ont été entreposés pour assurer l'abri des grenouilles, crapauds et tritons. Après quatre ans d'évolution, le site accueille aujourd'hui une diversité d'espèces végétales et animales et permet aux amphibiens d'assurer la totalité de leur cycle biologique, de se reproduire, de s'alimenter et de se réfugier. Grâce au nouveau tracé, le ruisseau de Pont-Lagot a vu son linéaire augmenté, favorisant une durée d'écoulement plus longue. C'est un exemple de la complémentarité entre la gestion hy drau-lique et la biodiversité.
En octobre 2012, dans la forêt de Rennes, la société Cise TP a été missionnée par le Syndicat mixte de production d'eau potable du bassin rennais (SMPBR) pour la suppression, la reconstruction et la mise sous pression d'une conduite d'adduction d'eau potable. La dépose de l'ancien aqueduc nécessitait des travaux d'effacement de buses et autres ouvrages réalisés dans le lit des ruisseaux. Dervenn a accompagné Cise TP dans la restauration des continuités écologiques de six secteurs à enjeux. Une première tranche de travaux a consisté à supprimer les ouvrages et dalles en béton qui avaient été réalisés au niveau du lit et des berges des cours d'eau. Les travaux de génie écologique ont ensuite été effectués. Les berges ont été reprofilées en pente douce pour restaurer les habitats, propices à la biodiversité. Des blocs en 50/200 ont été utilisés pour favoriser les dynamiques d'écoulement : création de banquettes, de déflecteurs et de rampes en aval d'obstacles, rehaussement du lit… Ces aménagements ont pour principal objectif de créer des habitats favorables à la faune benthique et d'augmenter l'oxygénation et la capacité d'autoépuration. Les travaux ont été accomplis à l'aide d'une pelle mécanique 8 tonnes par un opérateur spécialisé dans les interventions sur cours d'eau. Le coût relativement limité de l'opération au regard du budget global du chantier a permis d'augmenter les fonctionnalités écologiques et hydrauliques des cours d'eau.
Ces deux exemples montrent que la réalisation de travaux de génie écologique demande des compétences spé ci fiques, mêlant des métiers aussi divers que des naturalistes, hydrologues, géomaticiens, conducteurs de pelle et agents d'entretien. La bonne conduite de projets demande à la fois une expérience du vivant pour optimiser les conditions naturelles et le fonctionnement des écosystèmes, mais également une méthode rigoureuse. La nouvelle norme Afnor NF X10-900 nous apporte pour les travaux en rivières et zones humides le cadre d'action nécessaire à la conduite d'un projet appliqué à la préservation et au développement des habitats naturels.