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EAU

Sécuriser son approvisionnement

LA RÉDACTION, LE 1er JANVIER 2014
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1 S'appuyer sur un schéma directeur Les schémas directeurs d'alimen­ tation en eau potable fournissent aux collectivités maîtres d'ouvrage une vision macroscopique et pros­ pective du fonctionnement de leur système d'alimentation, en termes de qualité et de quantité. Ils débouchent sur des programmes de travaux planifiés à moyen et long terme, sur quinze à vingt ans. Indispensables à la gestion patrimoniale des installations, ces documents s'avèrent aussi stra­ tégiques pour sécuriser l'approvi­ sionnement des territoires. Les scénarios élaborés doivent garantir la continuité du service en cas de dysfonctionnement, arrêt accidentel de la production ou pollution subite. « Le schéma s'organise en quatre phases : le diagnostic, l'état de la vulnérabilité de la ressource, l'adéquation de la ressource et des besoins et, enfin, le choix de solutions et des travaux. Toutes les voies de sécurisation sont ainsi scannées : de l'installation de réserves d'eau brute au maillage du réseau local, en passant par le développement d'interconnexions ou la mise en place d'alertes de pollution sur le réseau », détaille Jérôme Palayer, directeur du développement chez Hydratec, bureau d'études spécialisé sur l'eau et l'assainis­ sement. S'il représente un outil d'aide à la décision indispen­ sable à l'échelle locale, le schéma directeur a également vocation à élargir son périmètre d'analyse pour permettre aux principaux financeurs des travaux d'alimen­ tation en eau potable, agences de l'eau et conseils généraux, de cibler leurs subventions vers des projets de sécurisation intercom­ munautaires structurants. « En France, la mutation du modèle de gestion de l'eau potable “un clocher pour un forage” s'achève. Les contraintes financières et réglementaires des services sont telles que la mutualisation des moyens s'impose », rappelle le responsable d'Hydratec. C'est à sa création en 2001 que la communauté d'agglomé­ ration d'Annecy (C2A) a lancé un schéma directeur pour sécuriser et rationaliser l'alimentation de son territoire. « Nous comptions 100 000 habitants alimentés par quatre réservoirs et 37 000 autres par vingt-deux réservoirs provenant de ressources à la qualité douteuse. Notre objectif était d'alimenter le maximum de population avec l'eau du lac ; le schéma nous a permis de planifier cette nouvelle répartition », explique Pierre Bruyère, vice-président chargé de l'environnement à la C2A. L'agglomération a traduit son schéma de façon opération­ nelle par une stratégie d'utili­ sation des ressources incluant trois modes de fonctionnement : normal, délestage et dégradé. « Selon les circonstances, nous pouvons à tout moment réaffecter des ressources, en solliciter plus si besoin ou utiliser des interconnexions », précise Christian Lépinard, directeur de l'environ­ nement de la collectivité. La C2A, qui fournit déjà de l'eau à certaines collectivités voisines, va faire évo­ luer son schéma à l'échelle du bas­ sin-versant du lac pour intégrer les besoins futurs du territoire et le changement climatique. De son côté, Safege travaille à l'élaboration des schémas direc­ teurs de la Manche et des Côtes-d'Armor. La société d'ingénierie a produit depuis quinze ans une vingtaine de schémas dépar­ tementaux pour le compte de conseils généraux ou de syndi­ cats d'eau départementaux. « À l'heure actuelle, nous réalisons en moyenne trois nouveaux schémas départementaux par an. Mais la tendance devrait s'accélérer car cette échelle apporte un vrai avantage à la sécurisation en planifiant des interconnexions cohérentes et en faisant jouer la solidarité entre collectivités », juge Bertrand Leboucher, directeur de l'unité hydraulique et environne­ ment de Safege à Rennes. Quant aux budgets des pro­ grammes de travaux préconisés, les fourchettes sont très larges, variant selon les départements et leurs particularités de 10 à 300 millions d'euros sur quinze ans. Pour boucler la révision du schéma départemental du Loir-et-Cher (41) qui datait de 2001, il a fallu deux ans de tra­ vail à Safege et au conseil général. « Avec ce schéma, nous voulons proposer aux collectivités compétentes un outil d'aide à la décision pour rationaliser leurs ouvrages et leurs investissements, précise Jacques Launay, chef du service qualité de l'eau au conseil géné­ ral du Loir-et-Cher. Nous avons réalisé un gros travail de collecte de données et de concertation auprès des collectivités pour adopter un nouveau schéma en 2012. Depuis, nous en diffusons les conclusions techniques qui passent globalement en matière de sécurisation par de nouvelles interconnexions et la création de ressources. » Les investissements liés au secours sont ainsi estimés à 14 millions d'euros jusqu'à 2030. « En chiffrant les enjeux financiers et en favorisant la concertation, le schéma pousse les collectivités à réfléchir à leur gouvernance. Ainsi, entre 2000 et 2013, nous sommes passés de 150 collectivités compétentes sur l'eau à 129 », précise le responsable du conseil général. De par leur taille, les grands syn­ dicats d'eau départementaux pro­ fitent eux aussi d'une vision stra­ tégique. Eau du Morbihan (56), qui exerce la compétence produc­ tion et transport pour 238 com­ munes du département et la dis­ tribution pour 115 d'entre elles, a élaboré son schéma directeur en 2003. « Nous devions alors sécuriser notre ap pro vi sion nement en termes de qualité et de quantité. Nous avions, d'une part, des difficultés à respecter avec nos captages superficiels les débits réservés en rivière par la loi Pêche et, d'autre part, des problèmes de qualité sur cinq petites unités de production qui nécessitaient des investissements très importants pour être maintenues. Des choix structurants s'imposaient donc », juge Françoise Jehanno, directrice du syndicat. Depuis, ce dernier a réalisé une première mise à jour en 2006 qui l'a conduit à conce­ voir et modéliser son réseau d'in­ terconnexion et il travaille actuel­ lement sur une seconde révision du document. « Nous étudions des scénarios d'optimisation de notre sécurisation à l'horizon 2030 face à des problèmes essentiellement quantitatifs, pointes de consommation estivales ou étiages sévères. Globa lement, nous construisons des plans B pour tous nos secteurs », précise la responsable. l


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