Peu de régions littorales échappent à la prolifération d'algues. Une récente étude du Commissariat général au développement durable montre que les macroalgues responsables des marées vertes sont présentes sur les côtes bretonnes et s'étendent en Centre-Atlantique et en Basse-Normandie. Et que les algues microscopiques qui colorent les eaux avec un risque éventuel de toxicité sont localisées des Flandres au bassin d'Arcachon et dans les lagunes de Méditerranée. Le nombre de secteurs touchés par les algues vertes augmentent depuis une quinzaine d'années. Une situation qui oblige les collectivités territoriales à ramasser et traiter entre 50 000 et 100 000 m3 d'algues par an. Elles y ont consacré près 1,7 million d'euros en 2012, soit environ 20 euros par mètre cube. Ces proliférations sont directement liées aux flux d'azote et de phosphore drainés par les cours d'eau qui débouchent sur les côtes. Les premiers, pour l'essentiel d'origine agricole, oscillent autour de 500 000 tonnes par an, alors que les deuxièmes ont été divisés par quatre entre 1999 et 2005, du fait notamment de l'amélioration des performances des stations d'épuration.
Mais si la situation ne s'aggrave pas, elle ne s'améliore guère. Elle reste d'ailleurs une préoccupation affichée du gouvernement qui, dans la feuille de route de la dernière Conférence environnementale, se fixe l'objectif de « supprimer la prolifération des algues vertes sous dix ans ». Difficile d'y croire une seconde avec la publication fin décembre 2013 du décret relevant le seuil d'autorisation des élevages industriels de porcs qui va exempter 90 % d'entre eux d'enquête publique et d'étude d'impact.
La lutte contre les nitrates est un combat de longue haleine qui nécessite des politiques cohérentes. Le deuxième bilan de la directive Nitrates, dressé par la Commission européenne, il y a quelques mois, relève une légère baisse des concentrations après plus de vingt ans d'application, du fait de la diminution des pressions exercées par l'élevage et de celle de la consommation d'engrais chimiques1 . Deux indicateurs en hausse en France sur la même période ! Et, malgré la fausse baisse de consommations des phytos entre 2011 et 2012 annoncée par le ministre de l'Agriculture, rien ne permet de croire que cela va changer.