Il n'a pas été le facilitateur de la table ronde sur l'eau lors de la conférence environnementale par hasard. Cet honorable conseiller, maître à la Cour des Comptes, est l'auteur de nombreux rapports sur l'eau dont le dernier en date tire les enseignements des inondations provoquées par la tempête Xynthia. Depuis toujours engagé à gauche et ancien responsable du pôle écologique du PS, Géraud Guibert a depuis gagné une vraie liberté de parole. Et il n'hésite pas à dresser un bilan mitigé de la conférence environnementale. « Il faut retravailler le format de cet événement », conseille-t-il. Le nombre de participants présents rend impossible toute discussion. Pour être efficace, il faut commencer par organiser des négociations en amont de la manifestation sur des sujets bien ciblés. » Et en effet, la liste des sujets lancés et non véritablement discutés est longue. À commencer par le financement. « La facture d'eau ne peut pas payer les deux cycles de l'eau. Il va bien falloir trouver d'autres sources de financement », estime Géraud Guibert. Autre demande majeure, « la nécessité absolue de disposer de données chiffrées incontestables qui impose de fiabiliser le système d'informations sur l'eau ». Enfin, dernière question qui fâche, le nombre de services publics de l'eau et de l'assainissement. « Nous n'échapperons pas à un dispositif fortement incitatif pour y parvenir », prophétise-t-il. Mais s'il préconise une réflexion nationale sur le débat écologique, il a choisi une autre voie. « Je crois à l'organisation d'un débat trans-partisan qui puisse apporter une valeur ajoutée en termes de propositions », explique-t-il. Fort d'un épais carnet d'adresses, il a créé la Fabrique écologique. Des partenariats avec des organismes privés lui garantissent une indépendance financière qui se double d'une indépendance intellectuelle affirmée. En effet, les statuts qui encadrent ce réseau d'experts de tout bord excluent les ministres en exercice, les responsables de parti politique et les candidats à des élections nationales ou locales dans des grandes villes. « Nous publierons six à huit notes de référence par an dont la première parue est consacrée à la décentralisation énergétique », explique-t-il. Aucune n'est encore prévue sur l'eau.