C'est par un mail de la Direction générale des entreprises ( DGE) envoyé en octobre dernier que les 71 pôles de compétitivité ont appris la baisse de 30 % en moyenne prévue sur leurs crédits de fonctionnement en 2015. L'annonce a été d'autant plus inattendue que l'État s'est engagé financièrement dans leurs contrats de performance triennaux pour 2013-2015. Mais l'indignation des pôles, relayée par les parlementaires, a été en tendue par le ministère de l'Économie. La baisse a été réduite de moitié, à 15 % en moyenne, soit une enveloppe de la DGE de 14 millions d'euros au lieu de 16 millions d'euros. Sur les trois pôles du secteur de l'eau, c'est Hydreos, financé à plus de 60 % par l'État et menacé d'une coupe de budget de 150 000 euros, qui a sonné l'alarme en novembre dernier. Finalement, il ne perdra que 37 000 euros sur les 321 000 euros de la DGE qui abondent son budget de 840 000 euros. « La leçon de cette affaire c'est que le contrat de performance ne donne pas de visibilité sur le financement de l'État. L'augmentation à marche forcée de nos ressources propres n'en est que plus nécessaire si nous voulons avoir une action cohérente pour la filière », observe Georges Pottecher, directeur d'Hydreos, le pôle des régions Alsace et Lorraine, qui prévoit en 2015 de faire passer ses recettes privées de 20 % à 30 % (hors bénévolat des membres) et à 40 % en 2016.
Les pôles sont considérés comme des atouts incontestables pour le développement économique des territoires, mais ils sont désormais soumis à de multiples injonctions. En plus de soutenir l'innovation, ils doivent jouer les usines à produits. Et ils sont sommés d'équilibrer leurs financements publics et privés. Certains voient dans cette tentative de l'État le signal d'un passage de relais aux régions, qui financent les pôles. « Il serait prématuré de mettre en avant la régionalisation alors que seules deux régions, Aquitaine et Rhône-Alpes, semblent prêtes à compenser la baisse de la DGE. Il y aura en revanche un débat en 2015 autour du projet de loi Notre (nouvelle organisation territoriale de la République) et l'enjeu est important, car les pôles ont besoin de crédits conjoints de l'État et des régions pour conserver leur dynamisme », analyse Jean-Luc Beylat, président de l'Association française des pôles de compétitivité.
Pour gérer l'impact sur 2015, les pôles de l'eau misent essentiellement sur la majoration de leurs cotisations, l'augmentation du nombre de leurs adhérents et une revalorisation de certains services (veille, formations…). « À terme, nous réfléchissons à des sources alternatives de fi nan cement privé, par exemple en recommandant après analyse certaines de nos entreprises adhérentes à des investisseurs », observe Jean-Loïc Carré, directeur du pôle Eau, qui craint une baisse de 15 % sur les 150 000 euros annuels alloués par la DGE à son budget de 1 million d'euros. En région Centre, le pôle Dream perd 19 % des 90 000 euros de la DGE sur son budget de 700 000 euros. « Il nous faudra aussi aller chercher des fonds européens et augmenter les fonds privés », précise Gaëtane Suzenet, directrice du pôle Dream, qui regrette l'absence de lignes directrices pour accompagner l'évolution du modèle économique des pôles. « Pourtant, le concept des pôles a essaimé jusqu'en Chine, c'est dire s'il est performant. »