Le déficit sédimentaire dans le lit des cours d'eau est un phénomène naturel assez fréquent, en particulier dans les Alpes. Mais il est aggravé par l'action de l'homme. Sur le fleuve côtier de l'Aude, aux confins des Pyrénées, l'enfoncement du lit a déjà de nombreuses conséquences. Les ouvrages d'art sont fragilisés par le manque de matériaux sous les appuis. « Cela a aussi abaissé la nappe et déconnecté des puits servant à l'adduction d'eau potable, entraînant des coûts supplémentaires pour acheminer l'eau depuis une autre commune », détaille Adrien Arazo, technicien de rivière au Smmar (EPTB de l'Aude) collaborant avec le syndicat mixte d'aménagement hydraulique de la haute vallée de l'Aude (Smah HVA), maître d'ouvrage de l'opération. Une étude de trois ans d'un montant de 143 000 euros a permis d'évaluer les pertes et de proposer des pistes d'amélioration. Près de 1,5 million de mètres cubes de sédiments manquent dans le fleuve. Il existe un déséquilibre naturel lié à la nature géologique de la région, mais 800 000 m3 ont été extraits pour servir de matériaux de construction et environ 400 000 m3 sont stockés dans les 21 ouvrages qui jalonnent le fleuve. Le reste est lié aux éboulis rocheux qui n'arrivent plus à atteindre le lit du cours d'eau du fait d'un boisement spontané des rives. « Les relevés altimétriques montrent un enfoncement du lit jusqu'à 3 m selon les tronçons », précise Adrien Arazo. Un plan d'action a donc été intégré au plan pluriannuel de gestion du bassin-versant Aude amont. Un million d'euros seront consacrés sur cinq ans à la prise en charge d'une centaine de kilomètres de linéaire du fleuve et de ses affluents. Il vise notamment à reconnecter les versants au cours d'eau en recréant des jupes d'éboulis, des axes préférentiels d'éboulement, sur lesquels la végétation aura été éliminée pour permettre le passage des blocs rocheux. Cette opération sera également menée sur les terrasses alluviales. Les rochers, rendus plus mobiles, regagneront plus facilement le lit du fleuve. Enfin un protocole sera réalisé avec le conseil départemental qui gère les filets d'éboulement, « pour que les agents vident les filets dans des zones du cours d'eau que nous aurons préalablement définies », explique Adrien Arazo.
Mais, pour éviter l'aggravation du phénomène, la mise aux normes des ouvrages s'avère essentielle. Quatre-vingt-dix pour cent des exploitants hydroélectriques se sont lancés dans l'étude des aménagements possibles. « Il s'agit par exemple de les équiper d'un clapet automatisé permettant le transit sédimentaire en plus des équipements pour le passage des poissons et des anguilles », précise Adrien Arazo. La purge des sédiments retenus par les ouvrages lors de la mise aux normes permettrait, par ailleurs, de remobiliser 40 000 m3 de sédiments. Un bilan sera réalisé au bout de cinq ans pour déterminer l'impact sur le cours d'eau. PRB