Dans la continuité de la COP 21, la ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, recevait le 6 juillet des entreprises françaises ayant signée la démarche d'Alliance des entreprises pour l'eau. Chacune s'engage selon sa situation à identifier et rendre public ses risques liés à l'eau, mesurer ses impacts sur la ressource et les réduire. La ministre souhaite en effet que « le secteur privé français prenne des initiatives dans ce domaine et contribue ainsi, par son engagement, à encourager dans le cadre des négociations climatiques une dynamique internationale : réduire son empreinte carbone et son empreinte eau sont les deux faces d'un même combat contre les dérèglements climatiques ». Réduire de 80%Parmi elles, l'industriel français Saint-Gobain développe depuis 2012, un outil d'évaluation des risques de ses sites industriels en matière d'eau. « La prise en compte du risque eau par le groupe est assez récente. Il n'était pas considéré comme une problématique environnementale majeure, contrairement aux émissions de CO2 ou la gestion des déchets. Mais en 2009, un actionnaire nous a incité à avoir une démarche plus volontariste », reconnaît Pierre Delayen, directeur Environnement, hygiène et sécurité du groupe. Saint-Gobain lance alors sa politique Eau en 2011. L'objectif fixé est de réduire les rejets liquides de 80 % d'ici à 2025 par rapport à 2010. « Nous avons choisi cet indicateur car une baisse des rejets signifie aussi une baisse des prélèvements et une diminution des risques de pollution », ajoute Pierre Delayen.Un Standard eau d'ici fin 2016Pour atteindre ses ambitions, l'entreprise a développé un outil d'évaluation des risques adapté à ses activités variées de fabrication de matériaux pour la construction (canalisations, vitrages, etc.). Trois types de risques sont pris en compte : disponibilité de l'eau, pollution et inondation. Ils sont analysés selon des composantes réglementaire, opérationnelle et de réputation. Chaque site est alors classé selon quatre niveaux de risque global. 614 sites industriels représentant 95 % de l'impact environnemental des 7000 sites du groupe sont audités chaque année à périmètre constant et production égale. Aujourd'hui, près de 20 % sont classés en risque élevé dont 8 % qui quitteront bientôt le groupe avec la cession de la filiale Verallia.« Les sites en risque élevé doivent avoir déployé d'ici à fin 2016 notre "Standard eau", un référentiel précisant les pratiques à mettre en place ainsi que des indicateurs de suivi », précise Pierre Delayen. « Ce socle commun permet une démarche concertée entre les sites ». Le cheminement de l'eau en circuit fermé est la voie d'amélioration privilégiée car l'eau est particulièrement utilisée pour refroidir les procédés avant d'être rejetée dans le milieu. Entre 2013 et 2014, les rejets du groupe ont ainsi diminué de 9 % à 43 millions de mètres cubes et les prélèvements de 4,2 %. En Inde, sur l'usine de Tirupati, une zone en sévère stress hydrique, les prélèvements d'eau ont été réduits de 40 % entre 2012 et 2013. « Investir dans des procédés diminuant l'utilisation d'eau est peu rentable pour les gestionnaires de sites. Il faut donc profiter de plans d'investissements sur la productivité par exemple pour y intégrer des améliorations sur l'eau. », souligne Pierre Delayen. En parallèle, le groupe développe aussi une politique d'éco-innovation afin de réduire l'empreinte environnementale, eau comprise, sur l'ensemble du cycle de vie de chaque nouveau produit. Pauline Rey-Brahmi