Cycl’Eau est né en 2017. Avec près de dix ans de recul, comment analysez-vous l’évolution de ce modèle d’événement qui a volontairement tourné le dos aux grands salons nationaux ?
Jean-Claude Lasserre : À l’origine, le constat était simple. Aucun événement professionnel de proximité n’était consacré à la gestion de l’eau en Nouvelle-Aquitaine. Nous avons rapidement fait le choix assumé d’un format régional, pensé pour répondre aux réalités propres à chaque bassin hydrographique. La première édition, organisée à Bordeaux avec 70 exposants, a validé cette intuition. Depuis, Cycl’Eau a connu une croissance soutenue et fédère aujourd’hui cinq salons par an, implantés dans des territoires aux enjeux hydriques très contrastés, du Grand Est à l’Occitanie, en passant par les Hauts-de-France.
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Vous insistez sur cette approche territoriale. Pourquoi la gestion de l’eau ne peut-elle plus être pensée de manière centralisée ?
Le changement climatique, qu’il se traduise par des sécheresses inédites ou par des épisodes d’inondations récurrents, révèle une évidence : chaque territoire possède sa propre configuration hydrologique, ses usages et ses vulnérabilités. Dans ce contexte, les réponses uniformes montrent leurs limites.
Les chiffres sont éloquents : en France, 60 % des prélèvements d’eau concernent l’agriculture, contre 25 % pour l’industrie et 15 % pour les usages domestiques. Cette diversité d’usages impose une gouvernance différenciée.
Nous croyons beaucoup au rôle des Comités locaux de l’eau, qui permettent de faire remonter les réalités de terrain et de recréer du dialogue entre espaces urbains et ruraux, souvent en première ligne face aux pénuries. L’enjeu est de promouvoir une gestion anticipatrice et raisonnée, bassin par bassin, en mobilisant des leviers tels que les solutions fondées sur la nature ou la désimperméabilisation des sols.
Malgré cet ancrage local, Cycl’Eau s’ouvre de plus en plus à l’international. Quelle place accordez-vous à ces échanges ?
Cette ouverture est devenue incontournable. De nombreux territoires vivent avec les effets du changement climatique depuis plusieurs décennies et disposent d’un retour d’expérience précieux. C’est dans cet esprit que nous avons noué des partenariats en Afrique, notamment via notre adhésion à l’Afwasa, l’agence africaine de l’eau et de l’assainissement.
Le continent africain a développé des solutions d’adaptation particulièrement inspirantes, dont certaines trouvent déjà un écho dans le sud de la France, appelé à être fortement impacté dans les décennies à venir. L’édition de Montpellier en 2025 a constitué un temps fort de ces échanges méditerranéens et internationaux, à l’occasion de l’AfricaCoop.
Toulouse accueillera la prochaine édition les 25 et 26 mars 2026 au MEETT. Quels en seront les temps forts pour l’Occitanie ?
Cette édition s’annonce particulièrement dense, avec la présence attendue de 160 à 170 fournisseurs de solutions au MEETT. Nous aurons l’honneur d’accueillir Jean Launay, président du Comité national de l’eau, en tant que grand témoin et parrain de l’événement.
Le programme des conférences, co-construit avec des partenaires tels que l’Agence de l’eau Adour-Garonne et Toulouse Métropole, abordera des thématiques majeures : prospective face à la sécheresse, gestion intégrée des eaux pluviales, présence des PFAS dans l’eau potable ou encore sobriété hydrique des activités industrielles.
Quel rôle jouent les conférences phares et les ateliers interactifs dans cette édition toulousaine ?
Les visiteurs pourront s’appuyer sur un programme structuré autour de sept grandes conférences et d’une plénière institutionnelle, conçue pour mettre en perspective les enjeux de préservation de la ressource. Le mercredi sera consacré à la prospective sécheresse, à la plénière institutionnelle, puis aux eaux pluviales et aux PFAS. Le jeudi prolongera cette dynamique avec des échanges sur le spatial et l’innovation, la sobriété hydrique des industries - illustrée notamment par le retour d’expérience des laboratoires Pierre Fabre - et une conférence dédiée aux solutions fondées sur la nature.
En parallèle, les ateliers interactifs, organisés au sein des espaces Ressource et Confluence, permettront d’entrer dans l’opérationnel : métiers de la canalisation, infiltration des eaux de ruissellement, intégration de l’eau dans les documents d’urbanisme, schéma directeur des eaux pluviales de Toulouse Métropole à l’horizon 2040, ou encore démonstrations d’outils numériques de modélisation, d’intelligence artificielle et de Big Data. Un atelier dédié à la coopération internationale viendra compléter le dispositif, afin de montrer comment les entreprises peuvent conjuguer engagement solidaire et développement stratégique.
L’innovation apparaît comme un moteur central de Cycl’Eau. Comment évitez-vous l’écueil de la simple vitrine technologique ?
L’innovation constitue l’un des piliers du salon, mais elle est toujours envisagée sous l’angle de son utilité territoriale. Elle s’incarne notamment à travers le Village Innovation, piloté avec des pôles de compétitivité tels que Aqua-Valley et Aquanova.
À chaque édition, nous sélectionnons entre dix et vingt-cinq « pépites » pour leur capacité à répondre à des problématiques locales très concrètes. Certaines ont d’ailleurs significativement renforcé leur visibilité et leur accès au marché après leur passage sur le salon.
À Toulouse, l’innovation couvrira des champs variés : données spatiales, intelligence artificielle, modélisation des procédés de traitement ou gestion des eaux de ruissellement. Nous privilégions les solutions favorisant la sobriété, la réutilisation des eaux usées traitées et l’adaptation aux contraintes du monde rural.
Au-delà de la technique, la question financière reste centrale pour les acteurs de l’eau. Comment l’intégrez-vous ?
La dimension financière fait aujourd’hui pleinement partie de l’ADN de Cycl’Eau. Notre propre développement repose sur des partenaires historiques, mais notre rôle consiste surtout à servir de levier aux petites structures et aux start-ups, qui disposent de solutions pertinentes sans toujours avoir les moyens d’accéder aux marchés.
Pour les collectivités, l’enjeu financier sera notamment abordé à Toulouse à travers la gestion patrimoniale des réseaux, considérée comme stratégique à l’échelle du bassin. Les ateliers permettront également d’évaluer l’impact économique de solutions bas carbone et leurs conditions de déploiement. Enfin, nous abordons la question du financement sous l’angle de la coopération internationale, en montrant que ces engagements peuvent constituer de véritables investissements stratégiques à moyen et long terme.
Quelle est la promesse des prochaines éditions ?
Nous continuons de répondre aux sollicitations des collectivités désireuses de disposer d’un salon dédié à leur bassin. L’année 2026 s’annonce particulièrement dense, avec une première édition au Mont-Blanc en mai consacrée aux enjeux spécifiques de la montagne, un retour à Orléans en septembre pour le bassin Loire-Bretagne, puis une édition à Aix-Marseille en novembre autour d’un thème transversal inédit, « Eau et Énergie », porté par la CCI.
Notre ambition demeure inchangée : ne pas devenir un événement national déconnecté des réalités locales, mais rester un outil de proximité, au service des acteurs de terrain et des solutions de demain.