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[Tribune] Le casse-tête de la rénovation énergétique

Par Yannick Ainouche, PDG du réseau Ex'Im, administrateur de la Fidi, auteur de l'ouvrage "Demain nos logements". Publié le 9 avril 2018.
[Tribune] Le casse-tête de la rénovation énergétique
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Cette semaine, le PDG du réseau Ex’Im, administrateur de la Fédération interprofessionnelle du diagnostic immobilier (Fidi) et auteur de l’ouvrage "Demain nos logements", Yannick Ainouche, revient sur la mise en oeuvre des mesures de rénovation énergétique en France. Il estime que "l’obligation d’une rénovation énergétique, dans un premier temps pour les logements les plus énergivores, reviendra à l’évidence".

« Performance énergétique »
. Inusitée il y a vingt ans, l’expression a prospéré pour entrer dans notre vocabulaire courant. Le public s’est familiarisé avec les étiquettes énergétiques sur la machine à laver comme dans le logement. On y verra le fruit d’une large politique de sensibilisation voulue par les pouvoirs publics, mais aussi une conséquence de la flambée des prix des énergies depuis deux décennies.

Au point que l’on parle désormais de valeur verte dans le logement.
Oui, cette fameuse étiquette multicolore sans laquelle aucun bien ne peut être mis en location ou en vente, aurait une influence sur le prix. De plus en plus grande, même !

L’état du parc

L’association Dinamic, créée par les Notaires de France, s’est penchée dessus. Moralité, les biens énergétiquement vertueux (A et B) bénéficient d’une plus-value par rapport à un logement moyen (D), tandis que les passoires énergétiques (G) engendrent une moins-value.

S’il fallait coller une étiquette à l’ensemble du parc résidentiel français, on obtiendrait un « D », voire un « E ». Doit faire mieux. Car la note reste insuffisante si la France veut atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée pour réduire sa consommation d’énergie. À horizon 2050, l’ensemble du parc français devra répondre au critère BBC, Bâtiment basse consommation, l’équivalent d’une étiquette A, B à la rigueur. On en est loin, à l’heure actuelle, ces logements vertueux pèsent pour moins de 5% dans le bâti hexagonal.

Et le renouvellement naturel du parc ne suffira pas. Avec le taux actuel de renouvellement du parc en France (moins de 1% par an), il faudrait plus d’un siècle. Ce qui signifie qu’une bonne partie du parc devra être rénovée, avec une priorité sur les logements construits avant 1975, à une époque où on ne parlait pas encore de réglementation thermique (RT), qui pèsent aujourd’hui pour plus de la moitié du parc résidentiel.

De la loi Grenelle 1 de 2009, à la loi de transition énergétique de 2015, en moins de dix ans, la France s’est dotée d’un véritable arsenal réglementaire destiné à doper la rénovation énergétique des logements. Quelques mesures pêle-mêle : interdiction de vente des logements classés F ou G dans le parc social, embarquement de la performance énergétique lors de lourds travaux, ajout de la performance énergétique aux critères de décence du logement, carnet de santé du bâti, affichage du DPE dès la parution de la petite annonce, crédits d’impôts... Des dizaines et dizaines de dispositifs, fort complexes parfois, ont vu le jour, pour sensibiliser, inciter, mais aussi obliger. Mais rien n’y fait, la rénovation énergétique promise à une accélération massive depuis maintenant une décennie, patine bien en deçà de l’ambition gouvernementale de 500.000 chantiers par an. Bon an mal an, quelque 300 à 350.000 rénovations sont réalisées, mais avec de fortes disparités dans la qualité et la pertinence.

De l’incitation à l’obligation ?

Faudra-t-il l’obliger pour permettre à la rénovation de décoller enfin ? Pourquoi pas. Après tout, la proposition d’une rénovation généralisée a longtemps figuré dans le projet de loi de transition énergétique de 2015 avant d’en être retirée. La seule obligation en la matière, demeure l’embarquement de la performance énergétique en cas de gros travaux tels qu’un ravalement de façade, une réfection de toiture ou une extension du bâti.

Mais l’obligation d’une rénovation énergétique, dans un premier temps pour les logements les plus énergivores (F et G), reviendra à l’évidence. Qu’il s’agisse d’interdire par exemple les logements classés F ou G à la location comme le réclament déjà des associations de défense du locataire, ou à la vente comme c’est déjà le cas dans le parc social.
En attendant, les pouvoirs publics continuent à jouer la carte de l’information-sensibilisation (notamment via l’étiquette du DPE) et de l’incitation au travers de savantissimes mécanismes de financement : crédits d’impôt, subventions de l’Anah (Agence national de l’habitat), certificats d’économie d’énergie, prêts à taux zéro et autres aides de l’Etat souvent doublées de subventions des collectivités locales. Le tout souvent régi par l’éco-conditionnalité : on vous aide seulement si vous faites appel à des artisans disposant de la mention RGE (Reconnu garant de l’environnement). Et pour compliquer davantage, ce mille-feuilles évolue sans cesse, si bien que seuls les conseillers énergétiques parviennent à s’y retrouver.

Performance et contre-performances !

Si des améliorations énergétiques simples peuvent souvent être apportées comme l’isolation des combles, par exemple, la rénovation globale reste une affaire de professionnels. Car sa mauvaise mise en œuvre pourra avoir des conséquences fâcheuses. Deux exemples fréquemment rencontrés, l’un dans le neuf, l’autre dans l’ancien :
- Dans l’ancien, contrairement à une idée reçue, le bâtiment n’est pas plus énergivore que dans la période 1950-1975. Au contraire disent même certains thermiciens : mieux vaut souvent une maison du début du XXe siècle utilisant des matériaux traditionnels qu’un bien construit dans l’après-guerre. Avec des murs dits « respirants », qui ont vocation à réguler l’humidité et la température, le bâti ancien exige une réponse adaptée. La mise en œuvre d’un doublage isolant sur une maçonnerie ancienne peut créer les conditions d’humidité favorables au développement de champignons et autres moisissures.
- Deuxième exemple, dans le neuf cette fois. La RT 2012 a renforcé encore l’isolation des nouvelles constructions. On a même parlé de « maisons thermos », totalement imperméables à l’air. Malheureusement, on observe souvent dans la construction neuve, un système de ventilation sous-dimensionné ou mal entretenu, si bien que le renouvellement d’air n’est pas correctement assuré et la qualité d’air intérieur s’en trouve nécessairement détériorée.

Si les pouvoirs publics ont instauré ces 15 dernières années, des mesures de plus en plus draconiennes sur la performance énergétique des constructions neuves, et des mesures incitatives pour la rénovation de l’ancien, celles-ci semblent aujourd’hui sous-dimensionnées pour répondre à l’ambition des logements verts pour tous.

Dans une France où la notion de patrimoine historique est si prégnante, long est le chemin pour que tous les logements répondent aux cahiers des charges en matière de consommation énergétique.
Yannick Ainouche, PDG du réseau Ex’Im, Administrateur de la Fidi, auteur de l’ouvrage "Demain nos logements"
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