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[Tribune] L'efficacité énergétique : pilier de la transition énergétique, au coeur de la PPE

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[Tribune] L'efficacité énergétique : pilier de la transition énergétique, au coeur de la PPE
Par Myriam Maestroni, fondatrice d’Economie d’Energie.fr et du think tank « e5T » et experte de la transition énergétique, le 2 juillet 2018
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Énergie
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Cette semaine, Myriam Maestroni, fondatrice d’Economie d’énergie.fr et du think tank "e5T" revient sur l’importance de l’efficacité énergétique et des économies d’énergie pour la transition énergétique. Pour elle il s’agit notamment de responsabiliser les consommateurs.

En plein débat sur la PPE qui pose une réflexion concernant l’avenir énergétique de la France, force est de constater que l’efficacité énergétique est plus que jamais un axe d’action majeur et absolument fondamental… et pour cause!... On ne répétera sans doute jamais assez que la seule énergie qui n’émet aucun gaz à effet de serre, et qui est aussi la moins chère, est celle que l’on ne consomme pas… et elle a sans aucun doute son rôle à jouer comme faisant partie intégrante du mix énergétique.

L’accélération du changement climatique devenue urgence absolue, le sujet de l’efficacité énergétique fait consensus. Néanmoins, nous observons une grande disparité de propos et d’approches concernant la façon de définir le périmètre couvert par la question de l’efficacité énergétique au sens large, d’une part, et sur les meilleures façons de procéder pour optimiser les énormes gisements d’économie d’énergie, d’autre part. Il est, en effet à noter, à titre d’exemple que sur le seul sujet de la rénovation énergétique sont mobilisés de façon transverse, des acteurs et des compétences multiples, couvre un large spectre de besoins caractéristiques d’un marché d’une taille considérable1.

Au coeur de la PPE et de la transition énergétique : l’efficacité énergétique, identifiée comme devant permettre 27% d’économie d’énergie, est un sujet qui concerne tous les Français, tous les secteurs de l’économie (industrie, tourisme, agro-agri, tertiaire), sans oublier, bien sûr, le secteur public et les bâtiments publics, également concernés. ll s’agit d’un des axes faisant partie des fondamentaux aux côtés de l’accroissement de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique et de la diminution des énergies carbonées.

En effet, nous consommons trop !... et ces surconsommations sont particulièrement insidieuses car elles passent encore trop inaperçues, puisqu’aucune campagne de communication institutionnelle , massive et clairement destinée au grand public ne fait réellement état des données proprement édifiantes sur le sujet.

Un logement sur 2, soit 15 millions de logements sont en sur-consommation dans notre pays, dans des proportions de 6 à 9 plus élevées qu’un logement qui serait construit neuf en respectant les spécifications applicables en matière de réglementation thermique actuelle (RT 2012). Au niveau européen, ce sont 100 millions de logements qui sont concernés.

Massification étape par étape

Aujourd’hui dans une tentative de faire converger politique énergétique et politique publique concernant le logement, on parle de massification de la rénovation avec un plan de rénovation de 500.000 logements/an. Un nombre largement insuffisant face à l’ampleur du problème. Le sujet doit donc être abordé sur des bases pragmatiques à savoir enfin acter la « rénovation étape par étape » vs « rénovation globale ». Dans ce cas, on peut considérer que c’est sur la base de 3 blocs de travaux réalisés sur 7 à 10 ans que l’on peut travailler, ce qui permettrait de projeter dans la durée une montée progressive du niveau de performance énergétique des logements. Dans ce cas on pourrait envisager 1.500.000 de travaux de rénovation énergétique par an dès 2018 pour atteindre 1 million de rénovation globale (soit 3 millions de travaux de rénovation énergétique/an) d’ici à 20212.

Mieux informer pour sensibiliser et convaincre

On pourrait promouvoir l’idée que chaque Français devient un consomm’acteur en pointe sur la lutte contre le changement climatique, en mesure de pouvoir décider à son niveau du destin énergétique global en commençant par le périmètre sur lequel il peut agir, à savoir ses propres consommations chez lui ou mises en œuvre pour sa mobilité.
Comment autrement permettre aux ménages de comprendre que le bâtiment représente aujourd’hui 40% de l’énergie consommée et représente ainsi près de 25% des émissions de gaz à effet de serre ?
L’intensification de la communication a vocation à permettre une amélioration des performances d’ores et déjà observées sur les consommations, et qui constituent un véritable encouragement. Ainsi la sobriété (adressant la question des éco-comportements) et l’efficacité energétique (rénovation énergétique) sont sans aucun doute des leviers essentiels permettant de réduire les consommations3.

Du statut d’usager à celui de "Consomm’acteur" : sensibiliser, informer, convaincre, responsabiliser...

Obliger les ménages à investir par des lois coercitives ne peut répondre durablement à l’objectif de responsabilisation des citoyens qu’il faut accompagner dans une démarche leur permettant de devenir smart consomm’acteur, capable d’utiliser avec pertinence tous les outils et technologies à leur disposition aujourd’hui, tel les compteurs intelligents (smart meters), type Linky, devenus obligatoires et en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire. Agir autrement reviendrait à entrer dans une logique de dissonance cognitive très contre-productive et bien peu respectueuse d’un citoyen qui doit être au cœur de la démarche et engagé dans une gestion raisonnée et responsable de l’énergie.
Cette approche se justifie d’autant plus que les financements et aides publiques ne seront jamais suffisants sans mobiliser une partie des ressources, lorsque cela est possible.

Mieux engager l’ensemble des acteurs concernés dans le combat commun de la rénovation du parc de logements existants !

Aujourd’hui les énergéticiens et les distributeurs de carburant (dont la grande distribution) obligés d’aider leurs clients à consommer moins depuis 2006 set 2011 respectivement sont engagés. A leurs côtés des entreprises spécialisées pour les accompagner.

Les banques sont en cours d’engagement et leur rôle commence à s’accroitre (financements de la rénovation dédiés le cas échéant).
Les agences immobilières, pourtant vitrines de la performance énergétique depuis 2006 avec le rapport DPE devenu alors obligatoires sont les grandes absentes de l’équation ainsi que les OP en lien et il convient de les engager au plus tôt pour rendre obligatoire un rôle de conseil auprès des nouveaux propriétaires et/ou locataires sensibilisés de facto.

Les moyens à mettre en œuvre sont d’ordre marketing/communication, digital et financier. En termes de moyens financiers mis en œuvre les énergéticiens sont contraints à un niveau important puisqu’en cas d’inaction sur la seule période 2018-2020, ne rien faire supposerait un coût prohibitif de 8 milliards d’€/an4, aujourd’hui ramené à un niveau plus raisonnable, bien que fortement élevé de 2 à 3 milliards/an5.

De son côté, l’Etat s’engage à 1 milliard/ an au titre du CITE. Un effort partagé sur le même niveau que les énergéticiens serait plus indiqué, ce qui supposerait un doublement des moyens et des modalités de mise à disposition plus agiles du CITE mobilisable trop tard pour avoir un rôle incitatif réel.

Les régions peuvent décider de compléter cet effort dans une logique transparente et intégré aux autres aides.
Au-delà des montants il est essentiel de projeter dès à présent les moyens mis en œuvre sur le sujet à 2022 a minima pour favoriser une bonne visibilité et permettre aux acteurs de s’engager dans le durée en capitalisant sur ce qui fonctionne bien et doit être consolidé.
Aux opérations de rénovation prioritaires, on doit sans doute accélérer le renouvellement de l’ensemble du parc de chaudières d’ici 2030 est une composante essentielle pour baisser de 54% les émissions de GES du bâtiment tel qu’inscrit dans la Stratégie Nationale Bas Carbone, ce qui implique de les réintégrer à un niveau plus significatif dans les travaux de rénovation prioritaires.

Les outils digitaux doivent être reconnus comme des outils de promotion mais également de pilotage de la rénovation énergétique car très adapté à une approche d’ingénierie financière cumulant les différentes aides méconnues et encore mal comprises.

Les espace info-énergie doivent avoir accès à l’ensemble des informations concernant les financements privés (CEE/Eco-prime) et publics (CITE, aides), et la formation des acteurs doit être plus complète sur l’ensemble des enjeux sous-jacents à la sobriété, l’efficacité, l’optimisation énergétique6.

Accroître le nombre et la qualité des professionnels de la rénovation

La formation professionnelle, en pleine réforme, doit permettre de former des jeunes aux nouveaux métiers de la rénovation énergétique et veiller à assurer la promotion de ces nouvelles filières d’e-nergéticiens-rénovateurs pouvant être imaginé comme un label équivalent au RGE pour les jeunes à professionnaliser. Le développement à accélérer suppose de pouvoir mobiliser une main d’œuvre plus formée, mieux qualifiée et préparée à prendre la relève et à répondre à une accélération de la demande.

Faire de l’éfficacité énergétique en général, une priorité nationale tous secteurs confondus, tant au niveau public que privé.
Ainsi un grand plan de rénovation et de suivi de la rénovation des bâtiments publics exemplaires est à programmer avec un plan bâtiment public durable.

Les industries assujetties au PNAQ doivent accélérer les plans de rénovation de leur process indépendamment de la valeur carbone trop basse mais pouvant être compensés par des CEE ad hoc.


1 Evalué à 450 milliards d’€ sur le seul marché de la rénovation des logements
L’approche étape par étape est aujourd’hui la plus réaliste et la mieux indiquée dans une logique de massification car en plus grande adéquation avec la logique de marché. Elle présente un triple avantage :
3 Les efforts réalisés se traduisent qui se traduit d’ores et déjà, pour le gaz, par une diminution annuelle des volumes de 1,2 % pour atteindre 380 TWh en 2028.
Calcul sur la base des pénalités applicables en cas de non engagement
Calcul sur la base des cours des CEE + mécanismes de promotion associé au dispositif de suivi de l’obligation des énergéticiens
Voir Article dans Série Annales des Mines, Responsabilité & Environnement, N°90, Avril 2018, Le bâtiment dans la transition énergétique, « L’efficacité énergétique : mode d’emploi », p. 85
Myriam Maestroni, fondatrice d’Economie d’Energie.fr et du think tank « e5T » / DR
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