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[Tribune] Blockchain et transition énergétique : une cohabitation impossible ?

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[Tribune] Blockchain et transition énergétique : une cohabitation impossible ?
Par David Rodrigues, consultant pour le cabinet de conseil Square, le 16 septembre 2019
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Cette semaine, David Rodrigues, consultant pour le cabinet de conseil Square, revient sur le rôle de la blockchain dans la transition énergétique. "Perçue comme un gouffre énergétique, la technologie blockchain pourrait se révéler être une alliée pour le développement d’initiatives favorables à notre environnement", estime-t-il. 

Les nouvelles évolutions technologiques sont souvent mises en opposition au défi de la transition énergétique. Pourtant, utilisée à bon escient, l’innovation pourrait être indispensable à l’atteinte des Objectifs de développement durable en apportant de la transparence, de l’agilité et un suivi en temps réel de la consommation des différentes ressources. L’une des innovations les plus marquante et controversée de ces dernières années est la technologie blockchain.

La blockchain du bitcoin, une infaillibilité à un coût énergétique élevé

Ce registre distribué réputé infaillible, permet le stockage et le transfert d’actifs au sein d’un réseau pair à pair. Cette technologie s’est notamment fait connaître grâce au bitcoin, cryptomonnaie totalement décentralisée et volatile qui a connu un pic à près de 20.000 dollars en décembre 2017 avant de retomber progressivement autour de 3.200 dollars un an plus tard, pour une valorisation à plus de 10.000 dollars aujourd’hui.

Entendons-nous bien, l’infaillibilité de ce réseau n’a d’égal que le gouffre énergétique qu’elle représente. Le processus de validation de ses blocs de transactions s’appuyant sur un protocole dit « Proof-of-Work » : lors de chaque transaction en bitcoin, sa blockchain met au défi l’ensemble des ordinateurs du réseau en leur demandant de crypter – ou miner – chaque bloc de ladite transaction le plus rapidement possible. Et seul le plus rapide remporte le prix, une petite quantité de bitcoins créés pour l’occasion. Quant aux autres challengers, ils ont gaspillé leur énergie. Concrètement, cela signifie que, chaque transaction en bitcoins nécessite plus de 600 kWh1 pour être minée. Soit la quantité d’énergie nécessaire pour alimenter 18 foyers américains pendant une journée.

L’amalgame entre bitcoin et blockchain est souvent trop rapidement effectué. La consommation énergétique de chaque blockchain dépend de son nombre d’utilisateurs, mais également de son protocole utilisé. Des protocoles radicalement moins énergivores – mais potentiellement moins sécurisés – existent tel que le « Proof-of-Stake » par exemple. En intégrant ces paramètres, le potentiel de cette technologie pourrait être très précieux dans le domaine de la transition énergétique.

Des modèles de blockchains locales au service d’une consommation énergétique plus verte

Et si nos fournisseurs énergétiques de demain étaient nos propres voisins de quartier ? A New-York par exemple, le projet Brooklyn Microgrid a été lancé en 2012 pour permettre la gestion et le partage d’énergie au sein d’un écoquartier de 150 habitants à Brooklyn. Au départ, cette initiative hyperlocale n’était composée que de quatre maisons équipées de panneaux photovoltaïques. Mais l’appui en 2016 de la société ConsenSys, spécialisée dans le bitcoin, a permis à cette Microgrid d’intégrer une blockchain spécifique afin de certifier et de valider les flux d’énergie et monétaires entre tous les acteurs. A terme l’ambition est de disposer d’un système intelligent distribué et autonome qui se poserait en alternative face aux fournisseurs d’énergie traditionnels.

Traversons maintenant l’Atlantique. Après deux ans d’essais, la start-up française Sunchain a signé en août 2018 un contrat lui permettant de certifier via une blockchain les transactions de la nouvelle installation photovoltaïque de la mairie de Prémian (Hérault). L’objectif est d’alimenter certains bâtiments tels que la mairie, la Poste ou encore la boulangerie locale grâce à de l’énergie renouvelable. Christophe Courtois, directeur de Sunchain indiquait à La Tribune son ambition de « poursuivre le déploiement de sa solution dans des projets d’autoconsommation collective » et partageait même une volonté d’étendre son périmètre à d’autres opportunités « dans l’éco-mobilité et l’utilisation de la Blockchain pour recharger les véhicules électriques ».

Les synergies entre blockchain et microgrids sont finalement assez évidentes ; en offrant aux consommateurs une information transparente sur l’origine de l’énergie des fournisseurs potentiels, on leur offre par la même occasion le pouvoir de choisir l’énergie qu’ils souhaitent consommer. Et de manière assez naturelle ils privilégieront les énergies durables. D’après le baromètre annuel OpinionWay pour Qualit’Enr dévoilé en février 2019, 4 français sur 5 estiment que les énergies renouvelables devraient devenir la norme dans les logements. 41% des français étant équipés d’au moins un appareil utilisant les énergies renouvelables, soit 6 points de plus par rapport à 2018.

En se basant sur des projets menés en Inde sur le sujet, Yvo Hunink présentait à Forbes les contours de ce que pourrait être la Smartgrid optimale : en cas de défaillance de la source principale d’énergie, le réseau pourrait s’appuyer sur des « smart contracts» gérés par la blockchain pour s’approvisionner automatiquement de jour vers une centrale photovoltaïque et de nuit vers une centrale de biomasse. Cependant pour garantir le succès de ces initiatives, l’ensemble des acteurs devrait accepter de partager l’ensemble des informations en temps réel, ce qui ne semble pas gagné d’avance.

Vers une « tokenisation » de l’environnement ?

A une échelle plus large, la Climate Chain Coalition cherche à s’appuyer sur la blockchain pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable de l’accord de Paris. Elle souhaite permettre la création de registres d’émissions de quotas carbones dans les pays qui en sont dépourvus à moindre coût, afin d’unifier un marché actuellement très fragmenté. A terme, elle pourrait également devenir un tiers de confiance sur un futur marché virtuel d’achat et de revente de crédits carbones. L’un de ses fondateurs, Tom Baumann partageait d’ailleurs au groupement de Fintechs Lattice80 sa conviction sur les « smart money » basées sur la blockchain qui ouvriront la voie à une nouvelle ère financière s’appuyant sur la transparence des flux financiers. Cette « tokenisation » est d’ailleurs déjà en place au travers de cryptomonnaies incitant la transition énergétique.

Le projet ouvert et communautaire SolarCoin a été créé en 2014 et s’appuie sur sa cryptomonnaie du même nom qui est « un actif digital […] créé pour soutenir la transition d’une économie basée sur les combustibles fossiles à une économie basée sur l’énergie solaire ». Le principe est simple, chaque producteur d’énergie photovoltaïque peut recevoir un SolarCoin par MWh solaire produit. Pour cela il s’appuie sur sa propre blockchain et a développé son propre système d’échanges directs transparents et sécurisés. Afin d’atteindre un objectif de valorisation de 25 euros, les fondateurs ont décidé de programmer la rareté de celle-ci en n’en créant « que » 98 milliards. Ce qui devrait permettre de couvrir 40 ans de productions photovoltaïques. Une fois cet objectif atteint, une installation produisant entre 6 à 8 MWh par an devrait être en mesure de gagner l’équivalent de 150 à 200 euros par an. Reste que l’atteinte de cet objectif n’est pas gagnée puisque sa valorisation actuelle est retombée sous sa valeur initiale de cinq centimes d’euros après un pic en mai 2018 autour de 55 centimes.

Cependant, comme l’ont soulevé Eva Nilsson et Alice Gabouleaud dans leur mémoire sur le thème de la Banque Digitale et transition énergétique dans le cadre de leur master à l’Université Paris Dauphine, ce principe soulève une question d’ordre éthique quant à la valorisation des actifs naturels. La théorie du Prix de la Nature, est au cœur de certains projets essayant de définir la valeur intrinsèque de la nature. L’objectif étant de pouvoir comptabiliser l’ensemble des coûts liées à la construction d’un produit, y compris son impact sur la biodiversité, l’érosion du sol ou encore les impacts migratoires. Au-delà du caractère controversé de cette théorie, ce qui est sûr c’est que pour répondre à cette équation à tant d’inconnues, l’aide des innovations technologiques utilisées à bon escient ne sera pas de trop.


1 : Source « Bitcoin Energy Consumption » du site Digicomist de Juillet 2019
David Rodrigues, consultant pour le cabinet de conseil Square
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