Après le temps des promesses vient celui de l'action. La certifica tion Iso 50001 est une récompense qui engage. Et qui demande donc un suivi permanent. « Les mesures sont plus importantes que dans les autres normes », souligne Aurélie Gilotte, responsable d'audit chez Bureau Veritas. La première exigence est donc d'équiper ses réseaux de gaz, d'électricité ou de chaleur avec sous-compteurs. Stratégique, leur localisation est directement définie par le plan d'action. Elle peut aussi évoluer dans le temps. D'abord, parce que les cibles sont appelées à évoluer elles-mêmes : si je résous un pro blème, je m'at taque à un autre ! Ensuite, parce que l'instrumen tation a un coût.
« La norme est plus facile à appliquer sur des bâtiments neufs », constate Pascale Auguste-Moyon, responsable environnement et développement durable de Bouygues Telecom. Si l'instru mentation n'est pas prévue dès le départ, « il faut compter quelques centaines d'euros par compteur avec l'installation », abonde Pierre Tabary, directeur des ser vices de la gestion de l'énergie chez Schneider Electric.
Pour éviter une explosion des coûts, la présence d'outils de mesure n'est pas forcément per tinente en permanence. Comme à l'étape du diagnostic initial, le recours à des solutions de comp tage temporaires d'un bureau d'études peut suffire. Par exemple pour optimiser le fonctionnement de machines qui requièrent des réglages trimestriels. « La stratégie est simple, nous instrumentons dans la mesure où cela fait sens économiquement », résume Pierre Tabary. La collecte des don nées est différente d'une organi sation à l'autre. Pour être réactif, l'idéal est de s'appuyer sur des compteurs communicants et sur des systèmes d'alerte. Puis de les coupler à des sondes qui évaluent la température, la qualité de l'air ou la présence, voire à des don nées déjà exploitées par les outils de GTB (gestion technique du bâtiment)… L'analyse en temps réel de ces données permet « de se rendre compte que le chauffage et la climatisation fonctionnent en même temps, que la ventilation est trop importante par rapport au nombre de personnes présentes dans les locaux ou que le chauffage fonctionne la nuit ou le weekend », illustre Pascal Pellerin, en charge de l'efficacité énergétique chez Schneider Electric.
Sur ses sites certifiés (six, pour le moment), l'entreprise est passée d'un compteur par fluide avec une facture par mois à des sous-compteurs par usage. « Tout dépend des moyens et de ce qu'on veut mesurer, nuance Nathalie Laplaud, auditrice chez SGS, spécialiste des entreprises industrielles. On peut aussi faire des choses avec du matériel très simple et des relevés à la main. » D'ailleurs, à multiplier les don nées et les compteurs, la super vision peut vite devenir un vrai casse-tête pour une entreprise qui n'aurait pas les moyens de les exploiter.
À l'image des outils développés par la société Teeo ou par Vizelia (rachetée en 2011 par Schneider Electric), des suites logicielles spécialisées facilitent la tâche des décideurs. Elles effectuent auto matiquement certaines corréla tions et simplifient la lecture de chiffres bruts en les restituant via de simples pages Web. Là encore, attention à ne pas enterrer trop vite les solutions plus basiques. Chez Soprema, comme chez beaucoup d'autres, on s'appuie sur de simples tableurs pour créer quelques indicateurs éner gé tiques pertinents. Un seul impé ratif : obtenir des chiffres fiables, prenant en compte la saisonnalité de la dépense et d'éventuels biais, comme le niveau de l'activité pour un industriel ou la température extérieure pour une installation de chauffage urbain.
Pour identifier les bonnes variables, et plus gé né ra lement pour mettre en musique la nouvelle politique énergétique, la norme Iso 50001 requiert un nouveau poste : le responsable énergétique. Son rôle étant de traquer les dépenses inutiles partout où elles se trouvent, sa position dans la hiérarchie doit être suffisamment importante pour qu'il ait le droit de frapper à la porte de la direction générale et d'intervenir de manière trans verse dans l'organisation. Pas question, par exemple, d'ajouter cette tâche au responsable de la maintenance comme on lui confierait un nouvel équipement à gérer. D'autant que le métier requiert davantage de qualités de chef de projets que de connais sances techniques. En outre, même s'il est aussi responsable de la maintenance (ce qui se justifie sur un petit site par exemple), le responsable énergétique pourrait manquer de légitimité si on ne le présente pas aux yeux de tous sous cette étiquette.
Le rôle de la communication ne doit pas être sous-estimé pour obtenir des résultats significatifs. Dans le nouveau siège social de Schneider, à Paris, des écrans sont installés dans les ascenseurs et à la cafétéria pour présenter quelques données de consom mation, valoriser les progrès et inciter les usagers à davantage d'économies d'énergie. Chaque salarié a parallèlement accès à un tableau de bord personnalisé, qui lui apporte les informations qui le concernent directement.
La norme a soufflé sa première bougie. Pour les pion niers, l'enjeu est désormais de faire vivre leur certification dans la durée. « Si les objectifs ne sont pas respectés la première année, on doit comprendre pourquoi, suggère Aurélie Gilotte. Sont-ils trop élevés ? Faut-il corriger certains indicateurs ? » Une évaluation annuelle de l'auditeur contribue à mettre en exergue les éventuels dysfonctionnements et à perfectionner le système de management. Après avoir établi des procédures de maintenance strictes par exemple, il n'est pas rare de découvrir ensuite que les opérateurs continuent à appliquer les anciennes car, faute d'outils de gestion documentaire, ils n'ont pas la bonne version de documents entre les mains. A contrario, pas question de s'arrêter en chemin si les résultats sont au rendez-vous. « Quand ils sont bons, il faut de venir meilleur », résume Nathalie Laplaud. Plus on va avan cer, plus il faudra être précis dans l'analyse des indicateurs. Après le temps des investissements ultra-rentables et des économies à deux chiffres vient celui des progrès homéopathiques. l