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'urgence n'est pas de renouve ler au sens strict, mais de bien évaluer l'état de son réseau en lançant une démarche d'amélio ration de la connaissance », juge Kevin Nirsimloo, responsable marketing chez G2C ingénierie. Ce cabinet-conseil conduit notamment des études de gestion patrimoniale des réseaux d'eau pour aider les collectivités à planifier leur politique de renouvellement.
La première pierre de l'édifice consiste à tirer parti de toutes les données, via un système d'information géographique (SIG). Il permet de visualiser le plan numérique du réseau puis, en l'alimentant progressivement par de nombreuses données (année de pose, type de matériau, diamètres, interventions réalisées…), il devient un outil d'exploitation précieux. Dans les services délégués, son utilisation est désormais passée dans les standards de l'exploitation. Les délégataires vont même plus loin, comme Veolia qui propose d'instrumenter les réseaux avec des capteurs multiparamètres pour suivre en direct leurs performances. En revanche, pour beaucoup de services ruraux en régie, le travail de collecte débute seulement.
À cet égard, les chiffres publiés en octobre 2014 par l'Observatoire des services publics d'eau et d'assainissement illustrent bien la difficulté des petites collectivités qui, par manque de moyens, peinent à capitaliser sur la connaissance de leur patrimoine. En 2011, l'indice de connaissance et de gestion patrimoniale atteignait 61 points en moyenne (sur 100), 41 pour les plus petites (1 000 hab.) et 75 pour celles de plus de 100 000 habitants.
Le décret de janvier 2012 a renforcé les obligations en matière de connaissance en exigeant un descriptif détaillé des réseaux et un indice de connaissance minimum fixé à 40 points (sur 120). Les agences de l'eau qui devaient théoriquement appliquer un doublement de leur redevance prélèvement dès 2014 aux traînards ont, en définitive, reporté leurs sanctions à la fin de 2015. D'ici là, elles soutiennent la réalisation des études, notamment en direction des petites collectivités qui accusent le plus de retard. « L'in ventaire peut être perçu comme une contrainte, mais c'est égale ment une opportunité. Au lieu de se limiter à la photographie de leur réseau, nous encoura geons les collectivités à entre tenir la connaissance acquise par l'intermédiaire d'un SIG », poursuit Kevin Nirsimloo. G2C ingénierie a lancé récemment une offre adaptée aux petits services, Patrimonio, via un SIG (Cart@jour) hébergé sur internet, simple d'utilisation.
La communauté urbaine de Cherbourg s'est équipée dès 1997 d'un SIG à partir du tracé schématique de son réseau de 500 km. Ce plan a été précisé progressivement sur l'outil grâce aux plans de récolement réalisés par des géomètres. Les fuites enregistrées y sont répertoriées chaque année depuis cinq ans et le service achève l'intégration de l'âge de pose des canalisations et du nombre de branchements en plomb restant à remplacer pour compléter les données sur le diamètre et le type de matériau. « Cet historique des données nous aide à cibler notre programme de renouvellement », souligne Manuel Henry, responsable des études et travaux à la direction de l'eau et de l'assainissement de la communauté urbaine. « S'équiper d'un SIG a évi demment un coût, mais une utilité certaine. Par ailleurs, il serait dommage de ne pas pro fiter de travaux (réparation de fuites, chantiers des tiers à proximité) pour alimenter pro gressivement la connaissance de son réseau », juge Régis Taisne, à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR).
Il faut compter près de trois ans de collecte de données pour atteindre un niveau de connaissance suffisant pour lancer l'étude de programmation des travaux de renouvellement.
La tendance actuelle est de rationaliser ces opérations en fonction des priorités de la collectivité. Pour les aider à bien placer le curseur, des outils sont disponibles, comme les logiciels de prédiction des casses. Promus par l'Irstea, ces derniers identifient les tronçons de réseaux à remplacer préférentiellement. Pour les contrats qui prévoient une obligation de renouvellement à la charge du délégataire, Lyonnaise des eaux peut proposer différents objectifs à dix, quinze ou vingt ans. « Selon le choix de la collectivité, nous pourrons mettre en œuvre des actions pour réduire le nombre de fuites ou les maintenir. Notre logiciel Prevoir permet alors d'élaborer le plan de renouvellement le mieux adapté à ses enjeux », explique Gilles Boulanger, à la direction technique de Lyonnaise des eaux.
Mosare, l'outil de prédiction statistique des défaillances de Veolia a déjà été utilisé sur une cinquantaine de réseaux. Son cadre type d'intervention : une collectivité de quelques dizaines de milliers habitants ou un linéaire de plus d'une centaine de kilomètres. « On dresse des “familles” de canalisations pour lesquelles on calcule une probabilité de défaillance. C'est un excellent moyen d'arbitrage entre renou vellement et réparation, car Mosare hiérarchise les travaux selon le budget disponible en intégrant, par exemple, les tra vaux de voirie prévus », indique Frédéric Blanchet, au secrétariat général de Veolia Eau France. G2C Ingénierie a accompagné le Sivom de la région d'Issoire et des communes de la banlieue sud clermontoise (63), qui gère 1 800 km de réseaux, dans la structuration de sa connaissance patrimoniale. Appuyé sur son outil d'optimisation Siroco incluant la modélisation du vieillissement des canalisations, un programme pluriannuel de renouvellement de 2 à 3 millions d'euros par an a été établi en 2014. « La collectivité a ciblé certains objectifs de performance (réduction de la criticité hydrau lique, des pertes, des coûts de réparation et de la perturbation du trafic routier) alors qu'une stratégie de renouvellement basée sur l'âge des canalisations l'aurait conduite à dépenser plus du double, sans savoir quels béné fices en attendre », juge Kevin Nirsimloo. Le renouvellement sur mesure est en marche. l