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POLITIQUES

Léo Cohen : « Il y a une contradiction forte entre les politiques environnementales à mener et notre fonctionnement politico-institutionnel »

PUBLIÉ LE 21 AVRIL 2022
PROPOS RECUEILLIS PAR ANTHONY LAURENT
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Léo Cohen : « Il y a une contradiction forte entre les politiques environnementales à mener et notre fonctionnement politico-institutionnel »
A l’heure où Emmanuel Macron et Marine Le Pen briguent la présidence de la République, quelle sera la politique environnementale de la France lors du prochain quinquennat ? Une question plus complexe qu’il n’y paraît pour Léo Cohen, ex-conseiller ministériel, tant le ministère chargé de l’Écologie reste le « ministère de l’impossible », selon l’expression de l’ancien ministre Robert Poujade. Explications avec l’ancien conseiller de François de Rugy et Barbara Pompili, auteur de « 800 jours au ministère de l’impossible. L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Environnement Magazine : Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez quitté la politique ?


Léo Cohen : La première raison est un état d’épuisement physique et psychique généralisé parce que l’exercice de la politique est exigent : quand vous êtes en cabinet, vous travaillez jusqu’à 90 heures par semaine, week-ends compris, et vous faites des sacrifices sur votre vie personnelle et sociale. La deuxième raison réside dans le décalage entre le niveau d’investissement, les efforts consentis, et les résultats obtenus. On peut être animé d’une détermination sans faille pour que les dossiers avancent, mais fatalement il y a un moment où l’usure s’installe. Et la troisième raison est que j’ai la conviction que l’on peut défendre ses idées en-dehors des cabinets ministériels ; pour moi, la politique ne devrait pas être une rente.

Pourquoi est-il impossible de mettre en œuvre une politique environnementale digne de ce nom en France ?

C’est impossible… pour le moment, car si le bon diagnostic est posé, il est possible de changer les choses. L’une des principales explications à cette impossibilité structurelle à l’heure actuelle est la contradiction organique entre, d’un côté, la spécificité des politiques climatiques et environnementales – elles s’inscrivent forcément dans le temps long, elles doivent être transversales et radicales, et leur acceptabilité sociale ne va pas de soi – et la grammaire de notre action publique de l’autre, c’est-à-dire le fonctionnement de notre système politique et institutionnel. Il y a des points de blocage – j’en dénombre une douzaine dans mon livre – qui doivent être levés. Pour ce faire, il existe deux voies possibles : la ruse et la mise en place de nouvelles solutions qui, progressivement, conduiront à adapter le système à la hauteur des enjeux.

Quid de la place et du rôle du ministère chargé de l’Écologie ?

Il est primordial de stabiliser son périmètre tel qu’il est aujourd’hui. Il faut garder ce grand ministère. Parallèlement, il convient de mettre en place une approche interministérielle commune pilotée par Matignon, avec ou sans l’appui du ministère de l’Écologie. Cette approche doit poursuivre trois objectifs : construire une doctrine pan-ministérielle sur les sujets environnementaux et climatiques, planifier la transition écologique de l’économie, et la contractualiser.

Quelle est votre expérience avec les lobbies ?

Tout d’abord, le discours consistant à dire « c’est la faute aux lobbies », je l’entends, mais il n’est pas du tout satisfaisant. Dénoncer les lobbies ne suffit pas ; il faut les affronter. Et les politiques ont le devoir de les affronter. Il y a au moins deux manières de le faire : segmenter les batailles d’un part et renforcer notre arsenal juridique et normatif d’autre part. Segmenter les batailles veut dire que, pour certains sujets structurants, il vaut mieux y aller par morceaux, avec des lois comportant peu d’articles, plutôt que de présenter des textes-fleuves qui risquent d’engendrer une coalition de lobbies contre soi. Renforcer notre arsenal juridique et normatif consiste à rendre transparente l’élaboration de la loi, en traçant par exemple les amendements et en rendant public leur origine. Ce traçage des amendements, via une plateforme en ligne en accès libre sur laquelle les représentants d’intérêt auraient l’obligation d’indiquer leurs propositions, est une impérieuse nécessité. Cet outil serait facile à mettre en place et permettrait de sanctionner financièrement les lobbies qui ne jouent pas le jeu.

Vous avez également un avis assez dur concernant les hauts-fonctionnaires de l’administration d’État…

Oui. En matière d’écologie et de climat, l’État a un discours de responsabilité de façade, parce qu’en réalité, la conversion intellectuelle et culturelle de notre haute-administration, et notamment des 100.000 fonctionnaires de la catégorie A+ qui affichent une moyenne d’âge de 50 ans, ne s’est pas encore réalisée. La plupart des gens dans l’administration n’ont pas encore compris que l’écologie sauve des vies, au même titre que la santé ou la sécurité. La mue culturelle des hauts-fonctionnaires est un travail de fond qui est devant nous. Et pour faciliter cette acculturation, il y a trois leviers : la formation, la rénovation de nos instruments de politique publique – avec l’instauration d’un budget carbone contraignant, par exemple – et la mobilité des agents, qui pourraient avoir l’obligation de multiplier les expériences de terrain, notamment au sein du ministère de l’Écologie, dans les services déconcentrés de l’État ou encore au sein des collectivités locales.

La nouvelle génération de hauts-fonctionnaires a-t-elle fait sienne la question écologique ?

Oui, incontestablement. Et il y aura une bascule grâce à la nouvelle génération, qui est beaucoup plus sensibilisée aux enjeux environnementaux que leurs aînés. Le manifeste étudiant « Pour un réveil écologique » en est un illustre exemple, sans parler des nombreuses tribunes publiées par des étudiants des grandes écoles et des écoles d’ingénieurs, qui demandent à être formés sur les questions écologiques. Cela dit, la nouvelle génération mettra encore un certain nombre d’années à s’implanter, c’est pourquoi, en attendant, il faut amorcer la mue dont je parle.

Quels enseignements tirez-vous de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) ?

C’est l’une des mesures les plus fortes que je défends. Il faut fixer juridiquement les règles du jeu des conventions citoyennes, qui sont amenées à se multiplier à l’avenir. Ce qui n’a pas marché avec la CCC, c’est le non-respect par le président de la République de son engagement initial. C’est pourquoi, il faut passer au contrat légal, c’est-à-dire inscrire dans le marbre les règles du jeu pour garantir les débouchés politiques de ces conventions. Cela passe par une constitutionnalisation du « sans filtre ». Il faut donner aux conventions citoyennes une assise juridique, de sorte à ce que les propositions qui en résultent soient soit transmises au Parlement, soit soumises à référendum. Les conventions citoyennes sont l’outil par excellence qui permettrait les plus grandes avancées écologiques.
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