Le 13 janvier 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté, à une large majorité de 129 voix, l’avis intitulé « Anticiper et prévenir les risques liés au changement climatique pour les infrastructures ». Par cette prise de position, la troisième assemblée de la République alerte sur la nécessité d’accélérer la préparation du pays face aux impacts croissants du changement climatique. L’institution souligne que l’intensification des aléas climatiques - vagues de chaleur, épisodes d’inondation ou phénomènes de retrait-gonflement des argiles - expose de manière accrue les réseaux de transport, d’énergie et d’eau, appelant à la mise en œuvre rapide d’une stratégie nationale structurée.
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L’évaluation du coût de cette adaptation, estimée par le cabinet Carbone 4 entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an, illustre l’ampleur des investissements nécessaires pour anticiper et limiter les conséquences du dérèglement climatique. Le CESE rappelle toutefois qu’une politique de prévention s’avère généralement plus efficiente économiquement que des interventions correctives réalisées après sinistre. Dans cette perspective, l’avis met en avant la nécessité de résorber la « dette grise », c’est-à-dire le retard accumulé dans la maintenance des infrastructures, qui fragilise aujourd’hui l’ensemble du territoire, y compris dans les collectivités ultramarines.
La mise en œuvre de cette stratégie suppose, selon l’assemblée consultative, une évolution de la gouvernance publique. Le CESE recommande l’élaboration d’une stratégie interministérielle pilotée par le Secrétariat général à la planification écologique, dont l’exécution serait coordonnée par le Secrétariat général pour l’investissement. Cette approche systémique devrait s’appuyer sur une cartographie actualisée du patrimoine d’infrastructures afin d’identifier précisément les vulnérabilités et les risques auxquels chaque équipement est exposé. L’objectif est d’intégrer systématiquement les enjeux d’adaptation et d’évolution des usages dans la conception et la planification des nouveaux projets.
Le financement de ces investissements constitue un enjeu central. Outre la mise en place d’une programmation budgétaire pluriannuelle et le renforcement des moyens publics, le CESE propose de mobiliser l’épargne des ménages. L’institution évoque notamment une utilisation accrue du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ainsi que la création d’un produit d’épargne dédié au financement de l’adaptation des infrastructures. Par ailleurs, la question de l’assurabilité des équipements face à la multiplication des événements climatiques extrêmes conduit le conseil à recommander la création d’une mission associant l’État, les acteurs de l’assurance et la société civile afin de garantir la soutenabilité du système.
Au-delà de la contrainte financière qu’elle implique, cette stratégie d’adaptation pourrait également constituer un levier de développement économique et d’emploi, en favorisant le déploiement de solutions techniques durables et innovantes. À travers ses 21 recommandations, le CESE souligne enfin l’importance d’intégrer une dimension de solidarité territoriale, considérant que la résilience des infrastructures, routes, ponts et réseaux essentiels, représente un facteur déterminant de cohésion nationale face aux effets croissants du changement climatique.