Les employés de l'administration japonaise utilisent depuis quinze ans des stylos en plastique recyclé. Malgré un design peu attrayant, ces produits développés par la maison mère japonaise de Pilot ont préparé le terrain à la gamme Begreen, plus moderne et forte d'une vingtaine de modèles. Depuis son lancement l'an dernier, ses ventes s'envolent en Europe du Nord, en France, en Italie, mais moins en Grèce et en Espagne. « Question de sensibilité locale, justifie Marcel Ringeard, à la tête de Pilot Europe. On s'efforce d'y accompagner nos distributeurs en rappelant que Begreen répond à une attente de notre clientèle dans les administrations et les entreprises. »
Certes, Pilot préconisait déjà l'usage de porte-mines et recharges pour réduire la consommation de crayons de bois et de déchets de stylos. Mais développer des stylos composés de 80 à 93 % de matière recyclée nécessite une logistique plus ambitieuse. Pour en saisir le fonctionnement, retour au Japon où la gamme Begreen est née dans le secret des laboratoires de R %26 D. Première étape : trouver des sources d'approvisionnement en plastique recyclé. Pas évident vu la complexité d'un stylo. Selon le modèle, on y recense de quatre à six plastiques. Surtout du polycarbonate, prisé pour sa transparence et ses qualités mécaniques, du polypropylène pour les tubes ou cartouches, de l'élastomère pour le grip et d'autres plastiques pour peaufiner la fonctionnalité ou le glissement des pièces. Autant de matières pour lesquelles il a fallu trouver des circuits de recyclage capables de répondre aux exigences de l'unique usine japonaise. En effet, tous les produits Begreen y sont conçus avant d'être expédiés par bateau vers le site d'Allonzier-la-Caille (Haute-Savoie), qui se charge d'en promouvoir l'usage auprès de distributeurs européens.
Garder la main sur la conception et l'innovation (toutes les encres sont conçues au Japon) relève d'une politique maison. Mais, si du pays du Soleil-Levant au Vieux Continent le transfert de technologie n'est pas envisageable, c'est parce que les filières de recyclage adaptées aux besoins d'approvisionnement de l'entreprise manquent.
Tri à peaufiner
« Pour y fabriquer la gamme, le tri en amont devrait être suffisamment bien effectué par les recycleurs pour pouvoir capter des volumes conséquents, réguliers et différenciés de chaque plastique. Les gros distributeurs ne font pas dans le recyclé et les broyeurs ne garantissent pas de volumes fiables. D'autant qu'il nous faut des plastiques secondaires purs. On ne peut ni se permettre de les retrier, ni injecter des mélanges au risque de perdre la qualité », explique Patrice Demeur, responsable plastiques chez Pilot. Selon lui, il manque en France une plate-forme capable de centraliser auprès des broyeurs les flux de plastiques secondaires pour les redistribuer en temps et en heure. Même si c'était le cas, il faudrait modifier le process du site d'Allonzier, qui ne produit que des stylos en plastique vierge. « L'injection diffère avec le recyclé. Les temps de moulage, les taux de rebuts et le coût de fabrication sont légèrement plus élevés. Mais l'aventure en vaut la chandelle car ces stylos éclipseront à terme les stylos classiques », insiste Marcel Ringeard. À l'entendre, on comprend que Pilot Europe ne désespère pas de trouver une filière adéquate pour fabriquer elle-même des stylos propres. Preuve de sa motivation, pour accompagner la gamme Begreen, l'entreprise propose des outils de promotion et de packaging recyclables et conçus en matière recyclée. En attendant mieux.