Tout est dit ou presque dans les trois mots de l'appellation. « Lean and Green » ambitionne de combiner l'optimisation des lignes de production, vertu supposée du lean management, avec l'amélioration du bilan environnemental.
Née en 2003 aux États-Unis, la démarche a été importée par Steelcase en Alsace, où le fabricant de mobilier de bureau possède une usine de fabrication. Avec l'agence locale de développement économique Adira, le groupe américain a convaincu six autres grosses entreprises implantées dans la région, Alstom, General Motors, Kraft Foods, Merck-Millipore, la Salm (Cuisines Schmidt) et Soprema. Elles ont chacune embarqué un ou deux de leurs fournisseurs locaux dans l'aventure. Au total, 20 entreprises ont expérimenté la démarche pendant un an, jusqu'à l'automne 2011. Elle a commencé par deux jours d'audit au cours desquels les consultants retenus ont décortiqué de A à Z une ligne de production « représentative » afin de traquer les sources de gaspillage. Pour le volet « green » : des consommations excessives d'énergie, d'eau ou de matières premières, l'insuffisance du tri ou de la valorisation des déchets, les déplacements superflus, les emballages, l'usage inutile de solvants. Les résultats ont été validés par des indicateurs de mesure de l'Insa, une école d'ingénieurs strasbourgeoise.
Le « Lean & Green » apparaît particulièrement intéressant pour les fournisseurs, des PME de moins de 100 salariés peu rompues à ce concept. « Il combine en une prestation les deux impératifs de performance économique et environnementale, une association devenue nécessaire pour se démarquer face à la concurrence low cost », estime Sébastien Leduc, conseiller développement à l'Adira.
Chez le lorrain Verissima, façonneur de verre plat, la démarche a abouti à une révision profonde du process, à l'optimisation de la découpe réduisant les chutes de production et à la modernisation du chauffage, pour générer un gain de 50 000 euros, à comparer au chiffre d'affaires de 5 millions.
Chez les cartonnages Dinéc qui emploient 50 salariés à Ingersheim (Haut-Rhin), « cette démarche, que nous n'aurions pas engagée faute de temps et moyens, a fait gagner 15 % de productivité sur une de nos machines, à consommation d'énergie égale. Et elle a apporté un éclairage extérieur sur nos bonnes et moins bonnes pratiques », témoigne Thierry Bouge, directeur commercial. Cerise sur le gâteau pour les PME, l'audit a été gratuit. Son coût unitaire de 5 000 euros a été financé aux deux tiers par l'État (Direccte) et la Région Alsace et à un tiers par les donneurs d'ordres.
Mais les grands groupes trouvent aussi largement leur compte. Steelcase a déniché des économies insoupçonnées d'éclairage dans ses ateliers de Wisches (Bas-Rhin). « Il nous importait de prouver la pertinence d'une initiative que nous voulions dupliquer aux fournisseurs », souligne Benoît Spatz, responsable du développement des fournisseurs. Au final, presque toutes les entreprises poursuivent, à leurs frais, les chantiers suggérés par l'audit. « À l'avenir, le volet "Green" pourrait gagner une place plus centrale », relève Michel Voinson, directeur technique chez Millipore.
Pour poursuivre en 2012, le groupe de pionniers souhaite se revoir au sein d'un club informel d'échanges d'expérience et accueillir d'autres fournisseurs. Voire transférer l'idée dans d'autres régions.