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RECYCLAGE

RECYCLAGE DU PAPIER La solution anticrise

LA RÉDACTION, LE 1er MARS 2013
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1 Optimiser la filière Si une fibre de cellulose peut techniquement être utilisée cinq fois, son espérance de vie reste toute théorique. En cause : un secteur papetier en crise, des exportations de la matière recyclée, un taux de collecte insuffisant et un financement de la filière loin d'être performant. « N otre intérêt collectif est de développer en France des capacités de recyclage. » Cette affirmation, on ne peut plus consensuelle, est de Noël Mangin, délégué général de Revipap, le groupement français des papetiers utilisateurs de papiers recyclables. Elle aurait tout aussi bien pu émaner d'un maire ou d'un opérateur de déchets. Sauf que, bien souvent, les sourires se crispent lorsque ces acteurs tentent de se mettre d'accord sur ce qu'ils entendent par là. Les papetiers dénoncent le recours massif aux exportations de matière recyclée et la tyrannie des prix de marché de court terme. « En France, les usines rencontrent d'importantes difficultés d'approvisionnement. Cette pénurie est liée à la demande croissante de la Chine pour nos vieux papiers-cartons », lançait, à la fin du mois de novembre 2012, le sénateur Jean-Claude Leroy au ministre du Redressement productif, se faisant l'écho du discours des papetiers. « Agiter le chiffon rouge est un appel au secours. Il n'y a jamais eu de rupture d'approvisionnement des papetiers, sauf peut-être chez Vertaris qui était en défaut de paiement et qui a, depuis, cessé son activité, analyse, quant à lui, Pascal Genneviève, directeur délégué adjoint de Veolia Propreté Recycling et vice-président de Federec papiers-cartons (Fédération des entreprises du recyclage). Les exportations sont une conséquence du manque de papeteries. Pas la cause de leur déclin. » Responsable des achats à la Papeterie de Raon, une usine qui produit chaque année 40 000 tonnes de papier recyclé apte au contact alimentaire, Alain Marchal note que « les prix varient selon la demande asiatique. Nous sommes contraints de suivre le mouvement, même si nous n'arrivons pas toujours à répercuter cette évolution. » Pour développer de nouveaux débouchés, et donc une industrie de la matière recyclée, les papetiers veulent davantage de stabilité au nom de leur contribution au financement du recyclage. L'accès à un gisement garanti de proximité a été évoqué lors de la discussion de la nouvelle mouture de l'agrément d'Ecofolio, l'éco-organisme en charge de la collecte et du recyclage des papiers en France. Chargé de mettre en œuvre la responsabilité élargie du producteur (REP), il avait proposé un mécanisme permettant aux collectivités de bénéficier d'un contrôle allégé de la traçabilité de leurs opérations, sous réserve qu'elles vendent au moins la moitié de leur gisement de matière aux trois papetiers les plus proches. Le ministère n'a pas retenu cette option. « Pourquoi imposer cette clause protectionniste alors que le gisement est excédentaire ? interroge Pascal Genneviève. La France est excédentaire en blé. Rien n'oblige l'agriculteur à le vendre au minotier du coin ! » Les collectivités se gardent bien d'avoir un avis trop tranché sur la question. « En théorie, tout le monde adhère au principe de proximité pour développer l'activité économique locale », rappelle Adrien Bastides, responsable du pôle déchets chez Amorce, l'association nationale des collectivités, des associations et des en tre prises pour la gestion des déchets, de l'énergie et des réseaux de chaleur. Les papiers sont d'ailleurs déjà majoritairement valorisés sur le territoire national, en particulier lorsque les collectivités contractent directement avec un papetier, ce qui est le cas dans 69,6 % des cas pour les journaux-magazines1 . En pratique, pas question toutefois de jeter la pierre à celles qui s'appuient sur un opérateur ou sur un négociant sans s'être assurées que la matière était utilisée localement. D'abord, parce que « quand une collectivité est près d'une frontière, envoyer le papier à l'autre bout de la France n'a pas de sens », justifie-t-il. Ensuite, et surtout, parce qu'un minimum de concurrence permet de décrocher de meilleurs prix et donc de ne pas augmenter la fiscalité locale. Car, pour les collectivités, l'intérêt repose surtout sur la maximisation des recettes pour réduire la pression sur les impôts locaux. Ainsi, chaque année, quelque 1,3 million de tonnes de vieux papiers sont vendues par les collectivités. En 2011, elles ont obtenu un prix moyen de 82,80 euros la tonne, soit un financement global d'un peu plus de 100 millions d'euros, auxquels il faut ajouter 56 millions d'euros versés par Ecofolio. Sauf que, dans la colonne des dépenses, elles ont dû inscrire 360 millions d'euros. Et le nouveau barème ne changera pas la donne. Entre 2006 et 2012, chaque collectivité recevait de la part de l'éco-organisme 65 euros par tonne de papier recyclée, 30 euros par tonne valorisée (énergétiquement ou par compostage) et 2 euros par tonne éliminée. Amorce proposait de passer le premier chiffre à 100 euros sans toucher aux autres. Eco-folio militait pour une triple évolution à 70 euros, 20 euros et 1 euro. L'agrément prévoit finalement 80 euros pour le recyclage, 25 euros pour l'incinération pendant deux ans, puis 20 euros, et 1 euro pour l'élimination sans valorisation. « On espérait un arbitrage plus équilibré », regrette Adrien Bastides, d'autant que « 17 % des collectivités vont subir des pertes, ce qui sera perçu comme un désengagement ». « Il était essentiel de créer une appétence vers le recyclage en diminuant les soutiens à l'incinération, justifie Géraldine Poivert, directrice générale d'Ecofolio. Nous avons identifié ceux qui y perdent et pris contact avec eux. » L'éco-organisme propose une enveloppe financière de 5 millions d'euros par an pour accompagner ces collectivités, « l'équivalent de ce qu'elles devraient perdre », insiste-t-elle. L'enjeu est de taille. Seul 47 % du gisement de papiers graphiques ménagers est aujourd'hui recyclé. Ecofolio entend porter le taux à 55 % à la fin de son deuxième agrément (en 2016) et à 60 % en 2018, un pourcentage d'ores et déjà dépassé chez bon nombre de nos voisins. L'Espagne recycle 64 % de ses papiers, l'Allemagne 75 %. Et les efforts à réaliser ne se limitent pas au périmètre d'Ecofolio. Selon l'Ademe2 , environ 1,6 million de tonnes de papiers d'origine industrielle sont valorisées, dont 450 000 tonnes de déchets de fabrication, 500 000 tonnes de rebuts et invendus et 300 000 tonnes de collecte de bureaux… Mais, au total, 1,61 million de tonnes échappent encore au recyclage. Pour capter 200 000 tonnes de papiers bureautiques de plus d'ici à 2015, l'ensemble de la filière a signé, il y a tout juste un an, une convention d'engagement volontaire. Par ailleurs, « nous étudions l'obligation de recyclage pour les gros producteurs de déchets de papiers graphiques, un peu à l'instar de ce qui a été décidé avec les biodéchets, explique Jean-Paul Dupuy, spécialiste des papiers à l'Ademe. Les chutes des imprimeurs sont déjà largement valorisées car elles forment un produit homogène et constituent une ressource. Mais, côté postcon-sommation, il y a une grande disparité de pratiques. Nous devons voir comment les déchets sont produits et récupérés pour définir un ou plusieurs seuils. » Un décret pourrait assez rapidement découler de cette étude. l 2 Améliorer le gisement Collecter plus et mieux est possible, à condition d'innover pour aller chercher les gisements diffus des entreprises et de remettre à plat les modes de collecte des papiers ménagers. Pour fournir une matière de qualité, les centres de tri devront, eux aussi, évoluer. À première vue, l'accord signé par les professionnels et les parte naires institutionnels de la collecte et du recyclage des papiers de bureau ne rejoindra pas la longue liste des engagements sans lendemain. Depuis un an, les nouveaux dispositifs de collecte se multiplient pour capter le gisement diffus des PME, des collectivités et des bureaux de grands groupes qui n'ont pas la taille critique pour se payer une solution sur mesure. Si le papier de bureau a une valeur marchande in dé niable (200 euros, voire 300 euros la tonne), de faibles volumes ne suffisent pas à financer un service de collecte. C'est La Poste qui a ouvert le bal avec un dispositif de logistique inversée à destination des entreprises (lire encadré). Veolia a suivi en signant un partenariat avec Elise, une entreprise de l'économie sociale et solidaire présente sur l'en semble du territoire grâce à un réseau de franchises. Le Grand Nancy a, de son côté, développé une offre locale avec Adlis. Des salariés en réinsertion gèrent même la précollecte, c'est-à-dire la récupération des déchets de papier dans les locaux des entreprises, tâche généralement assumée par le personnel d'entretien. La liste pourrait continuer à s'allonger. Car les arguments ne manquent pas pour convaincre les entreprises du secteur tertiaire. À commencer par le geste environnemental que les salariés ont pris l'habitude de faire chez eux et qui pestent contre leur direction lorsqu'elle ne se saisit pas du sujet. D'un point de vue réglementaire, la loi Grenelle 1 fixe un taux de recyclage collectif à atteindre pour les entreprises de 75 %. Difficile dans ce contexte de faire l'impasse sur les papiers. Côté financier enfin, la généralisation de la redevance spéciale (RS), qui peut être appliquée, est très incitative car elle instaure un mode de paiement au tonnage de déchets générés quand la taxe d'enlèvement des ordures ménagères soumet les entreprises à un forfait. À Nancy, sa seule création a fait bondir la collecte de papier de 770 à 1 220 tonnes entre 2005 à 2007. Le service d'Adlis devrait permettre de capter 150 tonnes sup plé men taires grâce à une facturation des flux de papier à moitié prix. À l'autre bout de la chaîne, les papetiers se frottent les mains. Alors que la quantité de déchets de papier a tendance à diminuer, cette nouvelle ressource est un bol d'air. Sa haute qualité permet, d'une part, de fabriquer à nouveau du papier d'impression et d'écriture (même si la pâte recyclée peine à s'imposer sur ce créneau pour des raisons de compétitivité avec les fibres vierges ), d'autre part, de remplacer les chutes de production ou de concevoir de nouveaux produits. En signant un accord d'approvisionnement avec La Poste, UPM a ainsi développé un papier-journal dont le très haut niveau de blancheur (80 selon la norme D65) est obtenu sans adjonction de produits chimiques, le Brite 80. « C'est un vrai gain de productivité », se félicite Arnaud Dauxerre, responsable de l'achat des matières recyclables dans la société. Les centres de tri peuvent, eux aussi, contribuer à la création de nouveaux gisements. Longtemps considérés comme des invités, les papiers y sont généralement traités en négatif : on retire progressivement de la chaîne de tri les conserves, les plastiques et les cartons. Restent les papiers, qui ne sont pas toujours valorisés au mieux. La donne pourrait changer. Jusqu'alors, Ecofolio ne soutenait que les papiers gra phiques triés pour désencrage ou « journaux-magazines » (sorte 1.11). Les collectivités avaient donc tout intérêt à maximiser leur production, parfois aux dépens de la qualité. « Le soutien des papiers de bureaux (sorte 2.05) et du “gros de magasin”, un mélange fibreux intégrant des cartons (1.02), devrait les in citer à travailler davantage sur la qualité que sur les vo lumes », sou ligne Pascal Genneviève, délégué général adjoint de Veolia Propreté Recycling. Et ce d'autant plus qu'une décote sera désormais appliquée pour les gisements de la sorte 1.11 qui ne respectent pas scrupuleusement le taux de 3 % d'impropres. Avec le projet Tri+, Semardel passe aux travaux pratiques. En partenariat avec son équipementier Pellenc ST et grâce à un financement d'Ecofolio, la société d'économie mixte a créé un site pilote de surtri. « Le but est d'extraire un produit à haute valeur ajoutée. Nous devons valider qu'il est compatible avec les fi lières de reprise », ex plique Patrice Brun, directeur de Semariv, la filiale de Semardel qui exploite l'installation. Pas question d'imaginer un tri si fin sans outils mécaniques et optiques à haut rendement. « L'amélioration de notre spectromètre nous permet d'aller toujours plus loin dans la détection », souligne Florence Aliberti, responsable communication chez Pellenc. « L'évolution n'est pas tellement technologique. Elle est logicielle, souligne Daniel Zimmerlin, directeur des ventes de Titech, un autre fabricant. En accumulant de l'expérience, nous apprenons à mieux qualifier le déchet. » À cause d'une photo, un journal peut, sans outil de cartographie de documents, être éjecté à tort comme emballage. La question de la faisabilité économique de ce surtri est, elle aussi, fondamentale, vu la dispersion des feuilles blanches dans le flux. « Chaque papier vaut-il le coup d'air comprimé nécessaire à son extraction ? », interroge Daniel Zimmerlin. Patrice Brun est optimiste, ce qui ne l'empêche pas de se demander si, à terme, des installations ne recevant que des matières fibreuses ne seraient pas plus pertinentes. « Les centres de tri des déchets ménagers pourraient proposer une matière moins affinée, en laissant à l'opérateur de surtri le soin de la valoriser pour extraire des produits à façon en fonction du cahier des charges des acheteurs. » L'analyse est d'autant plus pertinente que l'extension des consignes de tri des plastiques devrait déjà donner du fil à retordre aux centres existants. Au-delà des risques de souillure, les films alimentaires sont des corps plats… Comme le papier. Pour Ecofolio, une autre conclusion s'impose. Peut-être le temps est-il venu de remettre en cause le mélange des déchets fibreux et des emballages ? Toutes les collectivités ne franchiront pas le pas, soit parce que la densité de leur territoire ne permet pas d'intégrer de nouveaux conteneurs (ni dans l'espace urbain, ni dans les habitations), soit parce que la collecte séparée induirait une explosion des coûts de la gestion des emballages. Toutes, en re vanche, devront remettre à plat leur stratégie de collecte et de tri pour investir au mieux et demander à chaque éco-organisme une juste contribution. Pour les aider, l'Ademe vient de lancer une étude prospective sur les centres de tri dans dix ou vingt ans. l 3 Accroître la recyclabilité Le nouveau barème d'Ecofolio encourage la prévention. Avec notamment un malus pour pénaliser les éléments qui perturbent le recyclage, comme certaines colles ou encres. Le papier est un déchet pour lequel on parle assez peu de prévention au consommateur. Et pour cause : les volumes sont d'ores et déjà en chute libre. Difficile d'enfoncer un peu plus dans la crise les imprimeurs et les papetiers à coups de campagnes de communication. En revanche, avec son nouvel agrément, Ecofolio se lance dans la prévention. Objectif : inciter financièrement les contributeurs à mettre sur le marché des papiers facilement recyclables. Le nouveau barème de cotisation à l'éco-organisme intègre trois critères : le tonnage, l'origine de la fibre et la recyclabilité. Pour 2013, la contribution de base est fixée à 56 euros par tonne de papier émise. Un allégement est ensuite prévu pour tous les produits qui intègrent au moins 50 % de matière recyclée. Un moment discutée, la possibilité d'appliquer ce bonus aux fibres vierges issues de forêts gérées durablement n'a pas été retenue : 70 % des pâtes auraient été concernées. Un malus renchérira a contrario le coût des produits qui incorporent des fibres de bois non certifiées. La recyclabilité des papiers est un sujet plus récent. Depuis plusieurs années, les papetiers, organisés au niveau européen au sein de l'Ingede, tentent de convaincre les imprimeurs d'abandonner les additifs qui perturbent leur travail. La modulation de l'écocontri-bution devrait leur permettre d'être mieux entendus. Même si « dans un premier temps, il s'agit d'un signal. Pas d'une sanction », rassure Jean-François Robert, responsable des relations industrielles chez Ecofolio. Quatre éléments perturbateurs du recyclage ont été identifiés avec l'appui technique du Centre technique du papier (CTP) : les colles non cohésives, les éléments non pulpables comme les films plastiques ou les échantillons solidaires des produits imprimés, le procédé de teinte de la fibre dans la masse (à l'inverse de l'impression a posteriori), et, enfin… les encres à l'eau, dites non hydrophobes. Car, pendant le recyclage, l'étape dite de flottation consiste à injecter dans la pâte des bulles d'air qui re montent à la surface en captant les encres huileuses. « Les encres à l'eau ne remontent pas », ex plique Bruno Carré, spécialiste du désencrage au CTP. En ligne de mire : une partie de l'impression à jet d'encre et la flexographie. Ce procédé est peu utilisé en France dans le monde de la presse, mais concerne 90 % des enveloppes (imprimées à l'intérieur pour des raisons de confidentialité). Reste à savoir comment ces me sures seront accueillies. Les imprimeurs qui misent sur des encres à l'eau, donc sans solvant, auront du mal à comprendre que leur décision prise pour des raisons environnementales soit remise en cause. Pour accompagner ses adhérents dans des études et de nouveaux développements opérationnels, Ecofolio a dégagé une enveloppe de 5 millions d'euros, dans laquelle l'écoconception sera en première ligne. l


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