Recyclage Récupération : Quelles sont les avancées ou les reculs observés depuis cinq ans au sein de la profession ?
Manuel Burnand : Cette année, nous sommes tous confrontés à une baisse des volumes de l'ordre de 10 à 15 %, conséquence à la fois de l'arrêt de la prime à la casse et de la situation économique globale morose. Cette situation entraîne un ralentissement de l'activité pour la plupart des broyeurs. Pour autant, depuis environ cinq ans, plusieurs sociétés de broyage ont investi de manière significative dans des technologies de post-broyage en vue d'améliorer les objectifs de valorisation. On peut chiffrer ainsi à plus de 100 millions d'euros le montant des investissements engagés depuis une dizaine d'années par les broyeurs français.
R. R. : Quelles sont les conséquences possibles du décret VHU du 4 février 2011 ?
M. B. : L'élément marquant de ce décret est la mise en place des nouveaux agréments VHU pour les centres de dépollution et les broyeurs. Cela oblige chaque maillon de la chaîne à atteindre individuellement un certain niveau de performance. Notre activité se concentre en particulier sur la valorisation des RBA légers, avec la volonté d'en recycler la majorité. Cette première étape devrait amener la France à une performance honorable en 2013, supérieure aux 85 % de valorisation fixés par la directive européenne.
R. R. : Comment envisagez-vous l'avenir de l'activité broyage face aux nouveaux gisements à trier (mousses, caoutchoucs, pneus…) issus des RBA ?
M. B. : Chaque entreprise de broyage définit son plan d'actions en fonction de son organisation et de ses opportunités régionales. Les groupes disposant de plusieurs broyeurs déploient des investissements plus importants sur le tri post-broyage. Ce qui intéresse les broyeurs, aujourd'hui, ce sont les RBA légers dont les composants minéraux peuvent être employés en TP. La fraction plastique et caoutchouc fait aussi l'objet de travaux de recyclage matière. Enfin, nous ne négligeons pas la production de CSR qui pourront à terme alimenter les cimenteries et autres industries.
R. R. : Quelle est la position de votre syndicat face à Bruxelles et aux pouvoirs publics qui se penchent sur les centres non agréés, les vols ou les exportations illégales ?
M. B. : Nous constatons une grande hétérogénéité entre les États membres sur la façon de calculer les taux de valorisation. Avant d'appliquer des amendes, il conviendrait d'harmoniser les modes de calcul et veiller à la hiérarchisation des modes de traitement. Certains pays de l'UE ont interdit la mise en décharge des résidus de broyage, ce qui a dopé les performances de valorisation. La lutte contre les centres non agréés est indispensable, car on ne peut pas demander aux opérateurs vertueux de faire toujours plus d'efforts et laisser agir des intervenants qui ne respectent pas les obligations environnementales. Enfin, il est urgent que la France préserve son industrie du recyclage en limitant l'évasion de VHU vers le grand export, car synonyme de trafic de déchets. Nous devons traiter sur notre territoire 100 % des VHU, favorisant la création de valeur ajoutée et d'emplois.
R. R. : Quelles actions envisagez-vous, en vue de la révision VHU pour 2014 ?
M. B. : L'année 2013 est cruciale pour poser les jalons de la nouvelle directive et échanger avec les parties prenantes. Nous comptons aussi sur le soutien de l'Ademe grâce à sa méthodologie de calcul des performances de valorisation, qui nous semble la plus juste et la plus transparente en Europe.