La concertation permet-elle de prévenir ou de résoudre les conflits ? L'étude de cas autour de la politique des déchets en France, en Italie et au Mexique, mais aussi l'évolution de six conflits territoriaux en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) montrent que la concertation ne permet pas toujours de faire l'économie de conflits, parfois très intenses. Avec pour conséquence éventuelle qu'une réalisation souhaitable au niveau environnemental peut très bien ne pas sortir de terre.
De Tours (Indre-et-Loire) à Tlahuac (Ville de Mexico), de Izeaux (Isère) à Turin (Italie), trois équipes françaises, mexicaines et italiennes ont suivi neuf projets d'implantation de centres de traitements de déchets. Le projet Descri (Décider en situation de crise) fait apparaître plusieurs paradoxes : « Les projets naissent généralement dans des cercles plus ou moins fermés, constitués d'élus, de techniciens, d'entreprises, d'associations de protection de l'environnement, constate Patrice Melé (université de Tours). Ces coalitions ne résistent pas quand émerge une opposition de riverains au projet. Les élus locaux en constituent alors le maillon faible. » Cette absence de maîtrise de la communication conduit à un raidissement des populations qui ont le sentiment de se voir imposer des décisions de l'extérieur, provoquant le refus irréductible de négocier. Sur les neuf projets étudiés par Descri, huit ont été abandonnés, le neuvième, à Cuernavaca au Mexique, est toujours fortement critiqué.
Descri s'est intéressé à un secteur particulier. Ces recherches peuvent être mises en relation avec l'approche territoriale qu'a choisie l'équipe de Jean-Michel Fourniau (IFFSTAR) en étudiant six conflits ayant émaillé l'actualité de la région Paca (ligne haute tension, incinérateur, ligne TGV, qualité de l'air). Les sujets sont différents, mais les acteurs (État, Région, associations) sont souvent les mêmes, ce qui autorise les comparaisons. Les chercheurs font émerger un déroulement type selon lequel alternent les phases de conflit et de concertation. L'émergence du projet préliminaire comportant un choix de solutions exacerbe un premier conflit territorial. Le débat public qui suit renvoie alors à des sujets plus globaux (fourniture d'énergie, schémas de transports, politique de déchets). Les enquêtes d'utilité publique sont ensuite marquées par un retour au conflit territorial. Les chercheurs décrivent ainsi l'émergence d'une « communauté débattante » permettant une discussion publique de confrontation des arguments. Ces procédures qui s'étalent souvent sur plusieurs années amènent à corriger, amender, voire abandonner, les projets par l'examen de leur pertinence. Ainsi, le degré de concertation se mesure précisément à l'aulne des modifications – ou de l'éventuel abandon – du projet initial.