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[Tribune] Sacs biosourcés compostables et économie circulaire : pourquoi briser une dynamique vertueuse ?

[Tribune] Sacs biosourcés compostables et économie circulaire : pourquoi briser une dynamique vertueuse ?
Par Christophe Doukhi de Boissoudy, président du Club Bio-plastiques, le 13 janvier 2020.
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Cette semaine, Christophe Doukhi de Boissoudy, président du Club Bio-plastiques, revient sur le rôle des sacs biosourcés et biodégradables dans le développement d’une économie circulaire. "Si l’objectif de sortir du « tout plastique » est louable et nécessaire, ne jetons pas pour autant le bébé avec l’eau du bain", alerte-t-il.

Nul ne contesterait le besoin d’agir vite et fort en faveur d’une gestion plus efficace et écologique de nos détritus, à l’heure où la France produit 514 kilos de déchets municipaux par an et par habitant (Eurostat 2019). Elle s’affiche d’ailleurs comme un mauvais élève en la matière, la moyenne européenne s’établissant à 486 kilos !

Malheureusement, alors que la commission mixte paritaire vient d’adopter le projet de loi antigaspillage pour une économie circulaire, certaines actions pourraient freiner gravement le développement de l’économie circulaire. L’objectif essentiel d’un meilleur traitement et d’une valorisation de qualité des biodéchets – par exemple les déchets de cuisine – se retrouve particulièrement menacé.

Les sacs biodégradables : alliés de la collecte des biodéchets

Que ce soit par idéologie ou par méconnaissance, certains députés se sont en effet mobilisés en faveur d’une interdiction complète des sacs biosourcés (d’origine végétale) et compostables pour les fruits et légumes, alors que ces derniers constituent déjà les alliés incontournables de la collecte et de la valorisation des biodéchets dans de nombreuses communes.

Posons ici clairement les termes du débat : la France doit désormais avancer d’urgence dans la construction à grande échelle d’un modèle efficace et durable permettant le tri, la collecte et la valorisation des déchets organiques qui représentent en effet le tiers des poubelles des ménages.

Vers un retour au sol sous forme de compost

Le retard pris en la matière est flagrant : nous sommes encore loin de parvenir à correctement séparer les biodéchets du reste des ordures ménagères, à les collecter pour les faire revenir au sol sous forme de compost de qualité. Nos voisins font beaucoup mieux avec un taux de collecte séparée des biodéchets qui atteint 60% en Allemagne contre 6% en France (Ademe 2013). Le temps joue contre nous puisque, d’ici au 31 décembre 2023, notre pays s’est engagé auprès de ses partenaires européens à généraliser le tri à la source des biodéchets. Chaque année les terres agricoles perdent de la matière organique et le compost entretient la fertilité des sols.

Concrètement, le sac biosourcé compostable est l’outil idéal pour accompagner le citoyen dans le tri de ses biodéchets. Pourquoi ? Parce qu’après avoir servi pour le transport des fruits et légumes, ce sac servira de contenant pour les biodéchets. Hygiénique et pratique pour l’utilisateur, il sera ensuite collecté par les agents de collecte avant d’être valorisé avec les biodéchets qu’il contient. Certes, cela suppose de développer une filière de compostage (plus de 700 plateformes pour déchets verts existent déjà en France) si nous aspirons à construire les bases d’une économie réellement circulaire. Au terme d’un processus maîtrisé, l’ensemble de la matière organique (sacs compostables et biodéchets), produira un compost utile à la fertilité et à la régénération des sols.

C’est précisément dans cette optique que le législateur avait reconnu l’utilité et la performance environnementale des applications développées par les adhérents du Club Bio-plastiques via la loi de transition énergétique adoptée il y a 4 ans. Il avait choisi de les imposer en lieu et place des sacs plastiques fruits et légumes conventionnels, fabriqués uniquement à base de ressources fossiles non renouvelables.

Une meilleure performance environnementale que les sacs papier

Les industriels du secteur n’ont jamais dévié de cet engagement : en fabriquant des solutions compostables, et donc biodégradables, intégrant une base d’origine végétale, ils offrent une alternative plus écologique, au centre d’un cercle vertueux qui ne demande qu’à être encouragé. Dans un avis de l’Ademe rendu en novembre, il est démontré que la performance environnementale de ces sacs est supérieure à celle des sacs papier. L’agence poursuit en recommandant l’utilisation des sacs pour la collecte séparée des déchets alimentaires.

Demain, les solutions biosourcées et compostables et la recherche en la matière risquent d’être sérieusement entravées. Elles apportent pourtant des contributions concrètes à la société et occupent la 1ère place dans le Top 10 des technologies émergentes de 2019 selon le World Economic Forum.

Création d’emplois

Ne sous-estimons pas le signal négatif qui sera donné à l’innovation et aux défenseurs du « Made in France » si ces applications disparaissent demain. La loi de transition écologique de 2015 avait permis de limiter l’importation massive de sacs plastiques à usage unique, lesquels venaient d’Asie à plus de 95% ! Le soutien législatif accordé aux solutions biosourcés compostables a permis à nos entreprises de relancer en région des lignes de production à l’arrêt, d’en créer de nouvelles et de rapatrier plus de 2.000 emplois.

Si l’objectif de sortir du « tout plastique » est louable et nécessaire, ne jetons pas pour autant le bébé avec l’eau du bain. Nos entreprises investissent, créent des emplois en France et sont engagées dans une dynamique d’innovation. Elles travaillent à diversifier les ressources végétales, à utiliser des cultures non alimentaires, voire des déchets. Elles accroissent la performance environnementale de leurs produits tout en intégrant, dans leur réflexion, l’intérêt de leur seconde utilisation.
Christophe Doukhi de Boissoudy, président du Club Bio-plastiques
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