L'accessibilité des bureaux de vote a une valeur très symbolique dans ce qu'elle traduit du droit de cité, au sens propre du terme, accordé aux personnes handicapées. Prendre la mesure des difficultés rencontrées par ces femmes et ces hommes, citoyens à part entière, devrait inciter les élus à accélérer la mise en oeuvre de leur plan d'adaptation des bâtiments publics afin de permettre l'accès au vote pour tous.
C'est en tout cas ce qui ressort de l'enquête menée auprès d'un panel de personnes handicapées, en amont des dernières élections municipales, par le Conseil national handicap, avec le concours de l'Agence de notation des villes, du Comité national pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes (CNPSA) et du Groupement pour l'insertion des personnes handicapées physiques (GIPH).
Difficultés accumulées
Les résultats de cette consultation doivent être interprétés avec prudence au vu du nombre de réponses reçues. En effet, malgré plusieurs relances, les retours ont été moins importants que ce que l'on pouvait attendre. Cependant, et c'est doute la première leçon à tirer de cette enquête, cela traduit sans doute un découragement. Face à une situation qui ne s'améliore guère, on peut le comprendre.
Au-delà de cette observation liminaire, les conclusions de cette enquête doivent être examinées avec attention:
près de 90% des personnes handicapées physiques ou mal voyantes disent rencontrer obstacles et difficultés dans leurs déplacements lorsqu'elles les effectuent seules;
parmi les équipements publics dont l'accès leur semble particulièrement difficile, les gares arrivent en tête (50% des handicapés moteurs et 70% des mal voyants), suivies de la poste et de la mairie;
une personne handicapée sur deux qui s'est déplacée pour aller voter a pu le faire sans accompagnement; par contre, elles évoquent les difficultés rencontrées sur le trajet concernant l'aménagement urbain (quais, bus, mobilier urbain);
concernant le vote proprement dit, les personnes mal voyante sont presque unanimes pour dire qu'elles n'ont bénéficié d'aucune facilité pour prendre connaissance des professions de foi et sélectionner les bulletins de vote; les personnes en fauteuil signalent quant à elles des difficultés particulières comme les urnes trop hautes, étroitesse de la place dans les isoloirs...
Un combat, une souffrance, une humiliation
Les commentaires portés sur les réponses à cette enquête complètent de manière fort éclairante les conclusions chiffrées. Il est parfois impossible pour des personnes en fauteuil roulant d'accéder à certains trottoirs trop hauts ou trop étroits ou, lorsqu'on y est parvenu, à en descendre. Il apparaît également qu'un mauvais entretien rend dangereuses certaines parties des routes et plaques d'égouts. De la même façon, la multiplication des obstacles sur les emplacements piétons (panneaux, mobilier urbain...) représente un facteur majeur de risques de collisions et d'accidents.
Tout ceci se traduit par une conclusion unanimement exprimée par les personnes handicapées: en France, lorsqu'on a un handicap, il est difficile de circuler seul, surtout en ville. Un sentiment qui s'exprime plus profondément encore par une phrase: être autonome est un combat, une souffrance, voire une humiliation, quotidiens.
Mais focalisons nous sur cette phrase, extraite de notre enquête: «quand une place est faite aux personnes handicapées, elles l'occupent et justifient l'intérêt qui leur est porté», et sachons y répondre, ensemble.
Elle est porteuse de l'espoir dont le Conseil national handicap veut être une des courroies de transmission.