Les plus anciens d'entres eux trouvent leur source il y a fort longtemps. Le fichier des empreintes digitales est par exemple le descendant du célèbre fichier anthropométrique initié à l'identité judiciaire de la préfecture de police de Paris par Alphonse Bertillon en 1882. C'est dire ! Mais rarement l'attention des médias et des citoyens ne s'était autant focalisée sur les fichiers de police. Et on se demande bien quand s'éteindra le brasier allumé depuis maintenant plusieurs semaines sur la question des « fichiers »... C'est que, régulièrement, une nouvelle « affaire » attise le feu du débat empêchant ainsi que l'on puisse sereinement se pencher sur les véritables maux dont souffrent ces fichiers et surtout de tenter de trouver les solutions adaptées aux tares dont ils sont supposés souffrir.
Le fichier n'est pas mauvais, c'est l'homme qui le corrompt !
En réalité, on est très loin du coeur de la problématique des fichiers quand sont évoqués les cas de policiers suspectés d'avoir communiqué des NOTErmations protégées sur untel ou untel à des officines, ou de l'agent de recherche privé qui dit avoir obtenu des NOTErmations confidentielles de la part de son contact à la DST, ou encore les carnets de l'ancien directeur des Renseignements généraux... Passons rapidement sur le cas de l'ancien directeur des RG, dont on comprend aisément que sa manie de consigner durant des années des NOTErmations, vérifiées ou non, n'a pas grand-chose à voir avec le fichage tel qu'on l'entend au sens policier du terme... Ceci dit, dans la mesure ou ces NOTE ont pu trouver leur source dans les anciennes « NOTE blanches » des services que dirigeait l'intéressé, cette pratique rejoint dans l'esprit celle des policiers ou gendarmes qui ont pu faciliter l'accès aux différents fichiers de police à des sociétés privées ou à des agents privés de recherche. Le principe est simple et connu : en lui-même, le fichier n'est pas mauvais, c'est l'homme qui le corrompt ! Ainsi, en agitant le spectre des « affaires » les pyromanes font fausse route puisqu'ils détournent notre attention de ce qui devrait réellement nous préoccuper c'est-à-dire la façon dont sont conçus et gérés les fichiers de police...
Un « toilettage » régulier
est indispensable
Les policiers qui les utilisent quotidiennement le savent, ce dont souffrent réellement ces outils indispensables à une police moderne, c'est d'un véritable suivi technique et de moyens humains et financiers consacrés à leur mise à jour et à l'effacement des données périmées ou erronées. En effet, si certains d'entre eux, crées dans la douleur comme le FNAEG ont trop longtemps été sous alimentés, d'autres comme le STIC l'ont certainement été trop largement, ou en tout cas de façon parfois approximative. L'une des premières tâches consisterait donc à s'assurer, par exemple par une « commission interne de suivi des fichiers » d'un toilettage régulier de leur contenu. Pourraient ainsi être supprimés du STIC les anomalies telles que l'inscription non autorisée par le décret portant création dudit fichier ou l'inscription d'une personne physique en lieu et place d'une personne morale... Enfin, cette commission pourrait veiller à ce que les décisions de justice soient effectivement transmises aux gestionnaires du STIC, comme cela devrait normalement être le cas pour les décisions de relaxe et d'acquittement devenues définitives et qui doivent - sauf pour certaines raisons spécifiques - impérativement donner lieu à l'effacement des données enregistrées.
Si cela ne résoudrait certainement pas la délicate question de l'existence des fichiers de police et de ce que leur existence représente en termes de contrainte sur les libertés individuelles, ces quelques mesures simples et pragmatiques contribueraient au moins à assainir le débat sur les moins contestables et les plus indispensables de ces fichiers, ce qui, en soit, serait déjà une avancée extrêmement positive...