Les grands incendies de la fin des années 70, et ceux du début des années 80 ont mis en évidence l'insuffisance de la politique en matière de prévention incendie de l'époque qui consistait à mettre en place un réseau de pistes cohérent pour la surveillance et la lutte. La nécessité d'équiper les territoires sensibles de zones stratégiques débroussaillées et régulièrement entretenues ressortait comme la seule solution qui pourrait réellement atténuer la violence d'un incendie et permettre aux services d'incendie de pouvoir plus facilement le combattre. Certaines occupations agricoles, du fait d'un entretien régulier exigé par les pratiques culturales, sont apparues comme pouvant être d'excellentes coupures. De ce fait, dans les territoires présentant des potentialités et une dynamique viticole, l'implantation de nouvelles vignes a donc été recherchée. Au-delà de son rôle de protection incendie, ce dispositif de mise en place de coupure viticole répond aussi à des enjeux économiques dans la mesure où il est réalisé en étroite concertation avec les professionnels de la viticulture locale. En effet, il permet l'installation de jeunes viticulteurs et la consolidation d'exploitations viticoles existantes.
Cette opération, financée par le Conseil général, avec l'aide de l'Etat, a été copilotée avec la DDAF et le GDA du cru Banyuls, et s'est déroulée en 3 grandes phases successives :
- Phase démonstrative durant laquelle des vignes pare-feu ont été mises en place et utilisées pour démontrer aux professionnels l'intérêt économique et de protection incendie de l'opération ;
- Phase de développement durant laquelle une concertation avec les services viticoles, les propriétaires du foncier concernés et les acteurs de la prévention incendie, a permis d'établir une procédure allant de l'identification de la parcelle à la plantation ;
- Phase d'extension durant laquelle l'acquisition de nouveaux droits de plantation s'est concrétisée par la plantation de nouvelles vignes « pare feu ».
Ce dispositif a initié la plantation de plus de 200 hectares de vignes nouvelles en zone sensible aux incendies. Elles sont aujourd'hui toujours en exploitation et remplissent une fonction de coupure reconnue par les services incendie. Ce dispositif (livrer au viticulteur des parcelles préparées, prêtes à planter) a bénéficié d'aides spécifiques DFCI mobilisées dans le cadre du Conservatoire de la Forêt Méditerranéenne (CFM) et cofinancées par le Conseil général, l'Etat, le Conseil régional et l'Europe. Le coût de l'ensemble de ces aménagements a été de l'ordre de 800 000 euros avec un coût moyen à l'hectare de 4 500 euros. Ceci ne prend pas en compte l'acquisition des plants de vigne et les aménagements complémentaires qui ont été réalisés par les viticulteurs eux même. La dernière vigne pare-feu a été mise en place en 2002. Une poursuite de cette politique de mise en place de vignes pare-feu est actuellement à l'étude avec possibilités de relocalisation d'une portion de certains vignobles en territoire sensible aux incendies.
Princalb : un projet de coopération transfrontalière
Un projet de coopération transfrontalière Interreg, entre la Generalitat de Catalogne et le Conseil général, a été signé fin juin 2008 afin de relancer le dispositif à une échelle concentrée. Etabli sur une durée de trois ans, il a pour ambition de mettre en place un programme de protection conjointe du massif des Albères contre les « Grands Incendies de Forêts ». Ce massif, du fait de la sensibilité de ses versants exposés à la tramontane, est susceptible d'être parcouru par des incendies particulièrement violents et destructeurs.
Le projet a donc prévu l'élaboration d'un document de planification partagé entre les deux territoires, et la mise en place de ses premières applications avec l'appui à la création d'aménagements de prévention et la mise en oeuvre de coupures agricoles (viticoles, oléicoles, pastorales) par les maîtres d'ouvrages publics, ou privés, concernés. En complément, le projet prévoit la réalisation d'un guide des bonnes pratiques agricoles, rédigé par un expert après concertation avec les principaux acteurs. Ce guide établira les itinéraires techniques spécifiques au massif des Albères, pour une conduite agricole respectueuse des enjeux environnementaux et des enjeux de prévention incendie. Il deviendra ainsi le cahier des charges futur de toute mise en place de coupure pastorale ou viticole. D'un montant global de 1,2 million d'euros, dont 700 000 euros pour la Generalitat et 500 000 euros pour la Conseil général, le projet est soutenu par l'Europe à hauteur de 65% (Interreg).