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La Bretagne construit une filière de coton bio équitable

LA RÉDACTION, LE 1er DÉCEMBRE 2008
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Armor Lux, Ekyog, Dolmen, Fileuse d'Arvor et TDV Industries ont signé avec la Région Bretagne, en septembre dernier, une déclaration d'intention par laquelle ils s'engagent à respecter les principes du commerce équitable pour leur approvisionnement en coton biologique en provenance d'Afrique de l'Ouest. Cette signature concrétise un travail commencé en 2006 par la commission développement économique du conseil régional et s'inscrit dans un programme plus vaste de codéveloppement. « C'est lors d'une rencontre orchestrée par Kofi Yamgnane, le plus breton des Africains, entre la Bretagne et Soumaïla Cissé, le président de l'Uemoa, que l'idée a germé », se rappelle Alain Yvergniaux, président de la commission développement économique, qui souligne que « cette initiative intéresse beaucoup les Nations unies. » L'Uemoa, fondée en 1994, reprend les objectifs et l'organisation de l'Union européenne et s'appuie sur huit pays africains rassemblant 75 millions d'habitants. « Il s'agit d'imaginer une nouvelle coopération entre le Nord et le Sud, non plus à travers des institutions, mais directement entre régions, explique Alain Yvergniaux. Nous avons organisé début 2007, puis début 2008, deux missions économiques auxquelles ont participé quinze, puis vingt-cinq chefs d'entreprise. » La troisième est prévue en janvier prochain. De fil en aiguille, les contacts avec les entreprises textiles se sont établis par le biais du réseau du commerce équitable breton, dont l'association Ingalan. « Nous avons décidé de travailler sur le coton car, avant l'effondrement des cours mondiaux, il constituait la principale recette d'exploitation de l'Uemoa. Mais, depuis quelques années, les producteurs ne peuvent même plus acheter de semences. La demande en coton bio et équitable étant de plus en plus forte, les entreprises françaises ne parviennent pas à se fournir. Les Suisses et les Anglais réservent toute la production sur les trois ans à venir. » Autre avantage : la production de coton conventionnel consomme beaucoup de pesticides et s'orienter vers le bio permet de développer une production respectueuse de l'environnement et de la santé : 5 300 producteurs, dont plus de la moitié sont des femmes, sont concernés. Cette approche va améliorer leurs conditions de travail et leurs revenus. L'Uemoa et le conseil régional ont confié la mission d'ingénierie à l'ONG suisse Helvétas, qui travaille la filière coton biologique avec le Mali depuis 1998. Le programme de formation s'étale sur trois ans (2008-2010) et s'est mis en place cette année au Mali (2 000 ha, 3 300 producteurs) et au Burkina-Faso (1 600 ha, 2 000 producteurs). Cette action est financée par le conseil régional de Bretagne à hauteur de 525 000 euros et par l'Uemoa pour 218 000 euros. La récolte attendue pour 2008 est de 1 000 t de coton graine au Mali et 250 t au Burkina-Faso. Elle sera labellisée équitable (Flo Cert) et biologique (Eco Cert). En 2010, la production devrait passer respectivement à 2 300 t et 600 t. La totalité de la récolte est réservée en priorité aux entreprises associées au projet. Les cours sont de deux tiers supérieurs au coton conventionnel. L'égrainage aura lieu sur place. 1 000 t de coton graine donnent 400 t de coton fibre. Par contre, la filature aura lieu au Maroc et à Laval, chez TDV, seule entreprise en Europe intégrant filature, tissage et teinture. « À terme, l'objectif est de transformer sur place », déclare Alain Yvergniaux. C'est un point essentiel pour Ingalan, qui s'est impliquée dans ce projet en 2007. « Notre association s'emploie à ce qu'un maximum de coton soit transformé dans le pays producteur », insiste Stéphane Jehanno, d'Ingalan qui mène un programme sur ce sujet (Penn da benn, d'un bout à l'autre, en breton). « Aborder le sujet du coton en Afrique de l'Ouest ne peut se limiter à sa seule production. » Car, avec souvent plus de 50 % d'actifs, le secteur textile est le second employeur, juste après l'agriculture. « Il nous semble impossible de s'impliquer dans un programme de coton biologique et équitable sans prendre en compte l'ensemble de la filière. »


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