Les molécules végétales utilisées dans les industries agroalimentaires, cosmétiques ou pharmaceutiques sont certes d'origine naturelle, mais leur extraction n'est pas dénuée d'impact environnemental. De nouvelles méthodes d'extraction, plus propres et plus sobres, sont donc particulièrement bienvenues. L'une des plus récentes sort du laboratoire de chimie des antioxydants de l'université d'Avignon. Elle s'intéresse à l'usage des micro-ondes. Le professeur Farid Chemat a déjà obtenu un résultat majeur en 2004 en mettant au point une méthode de distillation sans solvants et sans eau. Au lieu de chauffer un liquide, on chauffe directement la plante fraîche grâce aux micro-ondes et on extrait en phase vapeur l'eau intrinsèque de la plante chargée en molécules.
Baptisée DryDist, cette technologie est commercialisée par l'italien Milestone auprès des laboratoires. Mais le chercheur avignonnais ne s'est pas contenté de cette réussite. « Quand il me fallait 1 kW pour chauffer la plante jusqu'à 100 °C, il fallait 10 kW pour passer en phase vapeur », a calculé Farid Chemat. D'où son idée d'amener la plante à « transpirer » pour récupérer l'eau par gravité sous forme de gouttes chargées en molécules diverses. On économise ainsi 90 % d'énergie et on collecte en plus des molécules que n'entraînait pas la distillation car trop lourdes, par exemple des antioxydants. « On s'ouvre un champ d'application et de produits nouveaux très important, d'autant que les molécules n'ont pas été endommagées par la température », souligne le chercheur. Milestone commercialisera dans les prochaines semaines un nouvel appareil pour laboratoire. Mais le procédé cible aussi la production. Un partenariat a été conclu avec la société Tournaire, à Grasse, pour construire un pilote et favoriser ainsi la diffusion de cette nouvelle technologie en industrie.
Moins avancée, mais tout aussi prometteuse, la technologie mise au point par l'université de Compiègne vise, elle, à améliorer le rendement du pressage en utilisant les champs électriques pulsés. L'objectif est de se substituer à l'extraction à l'eau chaude, très énergivore et qui produit des résidus de pressage humides qu'il faut déshydrater. Avec les champs électriques pulsés (une série d'impulsions électriques très courtes - quelques dizaines de millisecondes - mais très puissantes), on crée sur la membrane cellulaire des pores sans endommager la cellule. C'est l'électroporation. Cette opération facilite l'extraction proprement dite, car, une fois le substrat pressé, des molécules profitent du « passage » aménagé pour sortir de la cellule. Le rendement d'extraction s'en trouve nettement augmenté, au point de flirter avec celui de l'extraction à l'eau chaude, mais en dépensant cent fois moins d'énergie. « Si le pressage n'est pas possible, on peut envisager ce traitement électrique suivi d'une extraction à l'eau froide ou tiède, tout en conservant un rendement satisfaisant », explique Eugène Vorobiev, en charge de ces travaux à l'université de Compiègne. Autre intérêt : ce procédé ouvre la porte à des extractions sélectives, en contrôlant la taille des pores en fonction des champs électriques appliqués. Cela peut simplifier les opérations suivantes de purification et clarification. Notons que cette technologie, à l'échelle du pilote, pourrait s'appliquer aux graines oléagineuses. Avec un peu moins d'efficacité, mais les recherches
se poursuivent.