Mars et ses gelées peuvent être fatales aux arbres fruitiers. Les nuits les plus critiques, les arboriculteurs utilisent donc une technique de brûlage à l'air libre pour réchauffer l'atmosphère des vergers. Or, fin 2008, Atmo Rhône-Alpes, le réseau régional de surveillance de la qualité de l'air, a provoqué la stupeur dans le milieu arboricole, en publiant les résultats de mesures inédites : dans la nuit du 23 au 24 mars de cette même année, une « élévation ponctuelle des taux de particules en suspension et, dans une moindre mesure du dioxyde d'azote, » avait été enregistrée sur plusieurs sites permanents de surveillance, situés dans la moyenne vallée du Rhône, principalement à Valence (Drôme) et Roussillon (Isère)... secteurs où sont implantés de nombreux vergers. « Des concentrations horaires de poussières, proches de 200 µg/m3 ont été enregistrées dans la nuit, notent les auteurs, mais elles retrouvaient leur niveau de fond à la mi-journée. » Cette courte durée a évité la diffusion des recommandations aux personnes sensibles, mais la valeur limite journalière (50 µg/m3 en moyenne sur vingt-quatre heures) a été dépassée, pour le 26e jour sur l'un des sites, alors que ce dépassement n'est autorisé que 35 jours par an.
« Nous avons fait ces mesures car notre rôle est d'alerter les autorités en cas d'épisode de pollution, explique Nicolas Vigier, l'un des auteurs. Or celle-ci, bien que ponctuelle, est assez spectaculaire : un panache gris noir se déplace jusque dans Valence. » La question est apparemment de savoir si les arboriculteurs brûlent tous de simples bougies de paraffine : celles-ci coûtent environ 5 euros la pièce et il leur faut payer du personnel pour en allumer très rapidement 300 à 500 par hectare. Brûler des pneus ou des huiles usagées peut s'avérer moins coûteux : « S'il n'y avait que de la paraffine, commente le chargé d'études d'Atmo, le panache ne serait pas si noir »... Mais l'alerte n'a pas déclenché de contrôle.