1- Quel est le principe du capital altruiste, que vous avez imaginé ?
Le capital altruiste consiste à donner à une ONG une part du capital de l'entreprise, et d'en faire un actionnaire. Il est donc différent du mécénat traditionnel. Pour notre part, nous venons de céder 10 % des parts de Speechi à IGCP, une ONG rwandaise de 40 personnes fondée par un rescapé du génocide et qui associe préservation des gorilles et développement de l'écotourisme. Elle est devenue la troisième source de revenus du pays. L'ONG va encaisser les dividendes, même si l'entreprise change de mains. Elle peut aussi revendre ses parts, si elle le souhaite. Et, ce, tout en gardant une totale liberté d'action. L'aide est donc pérennisée, mais aussi plus importante, car elle repose sur le capital, de plus en plus valorisé dans notre monde moderne. Cette formule permet de doter les acteurs de la société civile, oeuvrant pour l'intérêt général de moyens proportionnels à ceux des acteurs économiques. La crise actuelle repose sur la suprématie du capital, le capital altruiste en corrige les effets.
2- Quel est l'intérêt pour l'entreprise ?
Opter pour de tels statuts évite à l'entreprise d'arbitrer entre développement économique, protection de l'environnement et progrès social. Soit l'entreprise est vertueuse, et elle bride son développement, soit elle fait du saupoudrage, et son action s'exprime surtout au niveau du marketing. Le capital altruiste permet de sortir de cette logique. Plus l'entreprise se développe, plus l'ONG aura les moyens d'exercer son contre-pouvoir. En interne, les salariés, qui savent qu'une partie du capital profite à une noble cause, est un élément de motivation et de sens : on concilie enrichissement des actionnaires et intérêt général. C'est aussi un avantage pour attirer les candidats à l'embauche. Et vis-à-vis des clients, le bénéfice d'image est évident.
3- Quelles sont les grandes lignes des statuts ?
Ces statuts, mis à disposition par une association que j'ai créée, reposent principalement sur l'indice de capital altruiste, le pourcentage d'actions donné à la cause, qui doit rester constant, même en cas d'augmentation de capital. Je cherche à promouvoir ces statuts, quelques entreprises sont déjà intéressées.