Quelques jours avant l'adoption du document d'objectifs de la zone Natura 2000 Bresse jurassienne Nord fixée au 30 juin, un mur d'incompréhensions s'édifie entre acteurs locaux. Un projet de biomasse a démarré avant l'autorisation départementale de boisement par des taillis à très courte rotation (TTCR) sur une parcelle agricole en partie située en zone Natura 2000. « La procédure a pris plus d'un mois de retard, mais nous n'avons rencontré aucune opposition. Attendre le feu vert officiel pour préparer le sol nous aurait fait rater la saison et perdre plus de 100 000 euros de plants », souligne Sophie Bossy, chez Bioval Environnement. Quatre hectares de prairies permanentes classées habitat à intérêt communautaire seront donc désherbés par l'agriculteur en contrat avec Bioval. Adieu courlis cendrés, orchis à fleurs lâches ! « Si on avait eu connaissance de sa valeur écologique, on aurait pu exclure ce périmètre », reconnaît-on chez Bioval. « Ces prairies étaient en très mauvais état. Nous les aurions de toute façon retournées cette année », nuance l'agriculteur concerné. De son côté, Bruno Guichard, président du comité de pilotage Natura 2000 à la communauté de communes du val de Brenne, est plutôt désabusé. « À quoi sert d'avoir inclus dans la zone des milieux ouverts comme les prairies humides, si c'est pour les voir détruire avant même la mise en oeuvre des préconisations du document d'objectifs ? » « La Bresse n'a pas vocation à devenir un réservoir de TTCR », juge Christophe Aubert, directeur du conservatoire régional des espaces naturels de Franche-Comté, qui a transmis au conseil général du Jura un avis défavorable pour le boisement des prairies. Conclusion : lorsque deux initiatives en faveur de l'environnement se percutent, les deux trinquent. Et pointent un évident manque de concertation locale. L'évaluation réglementaire des incidences Natura 2000 devrait changer la donne à partir d'août.