Pour beaucoup, l'Institut national de la recherche agronomique ( Inra) est synonyme d'agriculture intensive. Fondée juste après la guerre, elle s'est longtemps focalisée sur l'amélioration des rendements et la sélection des espèces les plus productives. Or, celles développées pour l'agriculture intensive ne sont pas adaptées à l'agriculture biologique. Aujourd'hui, les priorités de l'Inra ont changé, comme le montre Solibam, un projet européen sur l'agriculture biologique ou à faibles entrants, coordonné par l'institut français. Son but : « développer la qualité, la diversité et les performances des cultures en agriculture biologique ou à faibles entrants, c'est-à-dire peu consommatrices en engrais et pesticides ». Bref, le bio devient enfin un sujet de choix pour les chercheurs en agronomie ! Certes, ce n'est pas le premier programme de recherche à s'y intéresser, mais celui-ci est unique par son envergure : il fédère 22 partenaires publics et privés issus de douze pays, pour un coût de 7,7 millions d'euros, dont 5,9 millions financés par la Commission européenne. Démarré en mars, il durera quatre ans et demi.
Solibam s'intéresse à quelques espèces végétales, essentiellement des céréales et des légumineuses ainsi qu'aux choux, brocolis, tomates... « Ce projet est né de nos expériences avec les paysans, décrit Véronique Chable, chercheuse à l'Inra de Rennes et coordinatrice du programme. Solibam prend en compte à la fois les semences et les pratiques agricoles : il s'agit de sélectionner des semences pour des pratiques données, et vice-versa. Faire ainsi travailler ensemble des agronomes et des généticiens, c'est assez nouveau. »
Les buts de Solibam sont multiples : développer des variétés rustiques répondant à des agricultures biologiques multiples, favoriser la diversification des pratiques culturales, comparer l'efficacité des méthodes de sélection pour l'agriculture biologique et, bien sûr, mesurer les impacts de ces stratégies sur l'environnement, la qualité des aliments et la rentabilité. « Le maître mot est la diversité des espèces, souligne la chercheuse. Nous allons à l'encontre de l'agriculture traditionnelle où tout est standardisé. »
Tout cela implique une autre façon de travailler. Habituellement, les scientifiques mènent leurs recherches et les diffusent vers les industriels et les agriculteurs. Mais en bio, « les agriculteurs déjà engagés en savent plus que nous, constate Véronique Chable. C'est nous qui sommes demandeurs de leur expertise. Nous mettons en place des expériences avec eux, c'est de la recherche collaborative. »