Les bassins du parc sont indissociables du château de Versailles. Mais s'ils font partie du patrimoine, ils sont aussi l'objet d'une gestion écologique. Car pour remplir ses pièces d'eau, le domaine utilise à nouveau de l'eau de pluie. Un projet de 378 000 euros mis en œuvre par la direction du patrimoine et des jardins du domaine national de Versailles (24 %), avec l'aide financière de l'agence de l'eau Seine-Normandie (33 %) et du conseil général des Yvelines (43 %).
Récupérer l'eau de pluie n'est pas nouveau à Versailles. Un réseau existe depuis le XVIIe siècle sur le toit du château. Car amener l'eau a toujours été une préoccupation majeure. Pour y répondre, architectes et ingénieurs ont détourné des rivières comme la Bièvre et l'Eure, pompé dans la Seine, drainé les forêts de Marly et de Bois-d'Arcy, aménagé les étangs de Hollande près de Rambouillet, construit l'aqueduc de Buc et divers canaux, et créé des réservoirs, notamment sous la terrasse du château ou sur son toit. Une pompe remontait alors l'eau du Grand Canal, alimenté par des sources, vers les réservoirs qui remplissaient les bassins. Puis, l'eau pluviale, a fini par rejoindre le réseau d'assainissement. « Il fallait éloigner les eaux pour l'hygiène publique », note Olivier Blatrix, chef de service à la direction des rivières d'Ile-de-France à l'agence de l'eau Seine-Normandie.
Dévier les eaux pluviales et les réutiliser évite la surcharge de la station d'épuration. « L'idée de récupérer les eaux de pluie est en fait venue lorsque nous avons rénové les grilles royales, à l'entrée du château. À la vue des canalisations d'assainissement, qui traversent la place, nous avons imaginé d'utiliser les eaux des toits », se souvient Daniel Sancho, directeur du patrimoine et des jardins du domaine de Versailles. Le projet prend forme en 2010 pour la partie nord et centrale du château. Dès la construction, les gouttières ont été intégrées dans les murs. En revanche, une canalisation séparative a été installée dans des passages existants sous la Cour royale. Ils auraient été conçus, selon la légende, pour que le roi puisse quitter le domaine sans être vu.
La nouvelle canalisation se déverse dans le bassin de Neptune. De là, le surplus termine dans les 23 ha du Grand Canal. Ce dernier alimente non seulement les réservoirs du château, mais sert aussi à l'arrosage des jardins. « Nous n'utilisons plus d'eau potable pour l'arrosage. Nous filtrons l'eau du Grand Canal. C'est surtout là que nous faisons des économies. L'an dernier, nous avons utilisé 22 800 m3 pour arroser », précise Daniel Sancho. Un nouveau projet devrait voir le jour pour la partie sud du château. « Les études vont commencer d'ici à 2014 », assure-t-il. Il faudra installer des gouttières, inexistantes de ce côté, et créer une canalisation pour convoyer la pluie jusqu'à la pièce d'eau des Suisses, au sud du parc. L'eau n'a pas fini de couler à Versailles…