Le taux d'incorporation de la matière végétale dans les carburants atteindra vite ses limites si l'on ne résout pas le problème de concurrence entre débouchés énergétiques et alimentaires. À l'Ifpen, tous les yeux se tournent donc vers la deuxième génération, celle qui valorise la biomasse lignocellulosique (ressource forestière, paille ou cultures spéciales), plus abondante et moins coûteuse. Lancé en 2008, le projet Futurol aboutira à la construction d'un prototype et à la vente du procédé mi-2016. Objectif, fabriquer de l'éthanol en suivant trois étapes : le prétraitement de la biomasse pour extraire les sucres polymères, l'hydrolyse pour obtenir des sucres simples et la fermentation qui génère l'éthanol grâce à des levures qu'il a fallu développer. L'institut travaille avec de multiples partenaires issus de la recherche fondamentale ou de l'industrie, deux mondes que l'établissement public à caractère industriel et commercial a vocation à rapprocher. « Dans ce projet, nous apportons les enzymes pour la biocatalyse et l'intégration des procédés », résume Pierre Porot, son responsable du programme biocarburants. Avec son programme BioTFuel (BTL, en référence à l'acronyme de biomasse-to-liquid), l'Ifpen planche aussi sur l'autre grand enjeu de la filière : produire du biogazole et du biokérosène. C'est la voie thermochimique qui a été choisie : prétraitement de la biomasse, gazéification, purification et conversion des molécules en un mélange liquide d'hydrocarbures (procédé Fischer-Tropsch). La principale difficulté reste de surmonter des coûts d'investissement très conséquent. L'Ifpen et ses partenaires entendent donc traiter à la fois une ressource fossile et de la biomasse. « Plutôt que d'opérer le mélange à la pompe, nous le faisons avant pour profiter des économies d'échelle à toutes les étapes du procédé. Il pourrait être prêt en 2019 », explique Pierre Porot. Ces deux projets ont l'objectif de réduire d'au moins 80 % le bilan carbone du carburant.